PSYCHANALYSE N°40

 

Pulsion. Pédication. Rilke. Répétition. Trait unique. Libertin.
PSYCANALYSE N°40

DÉ-MENTI
Éclipse. Isabelle Morin

Résumé

Dans ce texte, l’auteur explore différentes façons de ne rien vouloir savoir, de se barrer ainsi  l’accès à une part de la réalité,  de refuser la vérité menteuse du mensonge, une vérité  qui concerne le réel à laquelle certains sujets n’ont pas accès. Le démenti est consubstantiel à la  structure du langage.

Mots-clés : vérité, mensonge, savoir, castration, démenti.

Sur les pas de Freud : du démenti pervers au démenti généralisé. Henri Rey-Flaud

Résumé

La détermination du démenti constitue la dernière avancée capitale de Freud qui bouleverse sa théorie du refoulement et de l’inconscient. Après le chantier initial de l’Homme aux loups (1918) qui met en lumière le clivage du sujet autour de la question de la castration, Freud circonscrit en 1927 dans le Fétichisme le démenti pervers avant de clôturer sa découverte en 1936 dans la Lettre à Romain Rolland avec la reconnaissance du démenti généralisé.

 Mots clés : démenti pervers, répression, castration, démenti généralisé.

 

Stéréo. Pierre Bruno

Résumé

Il s’agit dans cet article de faire valoir la différence entre le menti et le démenti et d’en tirer les conséquences. Si le menti est le propre du langage, le dé-menti consisterait à prendre acte de la limite du langage quant  à sa prétention à la vérité. Ce n’est pas disqualifier la quête de la  vérité comme moteur d’une psychanalyse, mais appréhender l’incapacité du savoir à la recouvrir toute. De ce point de vue, le dé-menti se distingue du refoulement, y compris originaire, dont l’empan est entièrement circonscrit à l’axiome, philosophique, selon lequel  il y aurait, à l’infini d’un horizon, promesse virtuelle d’une vérité toute, religieuse donc. Cette thèse est congruente avec la question de Lacan: le démenti est-il un « louche refus »?

Mots-clés : démenti, refoulement, vérité, savoir.

Variante de la SAMCDA. Jacques Podlejski

Résumé

Cet article interroge le démenti intervenant dans la constitution des foules, celui de l’analyste quant à son acte et son incidence dans la formation des groupes analytiques. Il propose de rapporter ce démenti au réel de la castration maternelle et à l’impossible résorption du réel dans le symbolique.

Mots-clés : démenti (Verleugnung) du sujet, démenti du réel, démenti de l’analyste.

Le Ver et le trou : quelques lueurs, pas sans conséquences. Véronique Sidoit

Résumé

Le fil conducteur de ce travail est la levée du démenti dans son rapport à l’acte, question qui a amené l’auteur à discuter aussi bien de métapsychologie que des conséquences cliniques, éthiques, voire politiques du démenti et de sa levée. Car ces dernières impliquent de s’intéresser au lieu d’inscription du démenti, au temps de la symbolisation primordiale et de l’émergence du sujet. La coupure signifiante qui produit un sujet divisé entre savoir et vérité est précisément ce qui fait l’affinité du démenti et de l’acte : ce dernier met en valeur et s’appuie sur ce que le démenti reconnaît et annule en même temps : la division du sujet et l’objet a qui la cause. Cet objet réel qui est démenti – dans sa dimension d’objet de jouissance – est celui-là même qui est au principe de l’acte – dans sa dimension d’objet cause de désir. Qui dit acte dit effet dans le sujet, changement de position dans son rapport à la jouissance, aux autres et au monde ; il s’agit pour l’auteur de questionner ce qui fait point de butée aussi bien dans la clinique que dans le lien social.

Mots-clés : démenti, levée du démenti, lien social, politique, éthique.

LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE
Écrire avec Rilke. Dans le Rilkéen de mes apprentissages. Luminitza Claudepierre Tigirlas

Résumé

Dans l’après-coup de la parution de son essai « Rilke-Poème. Élancé dans l’asphère » (L’Harmattan, 2017), l’auteure refait un tour par l’Espace intérieur du monde scrutant le Réel de l’écriture avec l’Ouvert Rilkéen. L’idéal-du-sacrifice ne cesse de s’y réinventer poétiquement – tant que l’amour élance les mots la-languides des amants qui désavouent leur mue en signes, fût-ils Héros ou Elle-sans-faute.

Mots-clés : Rilke-Poème, Idéal-du-sacrifice, Écriture, Amour.

Le travail réflexif de la pulsion : un aller-retour ? Christian Fierens

Résumé

La pulsion ne peut pas être conceptualisée dans le cadre de la dichotomie classique du corps et de l’esprit. Elle implique au contraire une série de parcours ou de dérives (imaginaire, symbolique, réel) qui sont en même temps l’armature de la méthode psychanalytique. La pulsion ne peut donc être interprétée comme symbolique ou du côté d’un super grand Autre. Elle trouve sa place spécifique dans la suite logique du manque radical de ce grand Autre (S de grand A barré). Et c’est par là qu’elle ouvre un espace de liberté qui dépasse de loin le champ du fantasme.

Mots-clés : fantasme – Grand Autre – Liberté – Narcissisme – Pulsion.

PAS DE DANSE
La danse : un déshabillage impossible. Fabienne Guillen

Résumé

A partir d’une analyse de son rapport singulier à la danse, l’auteur tente une approche de cet art de l’éphémère centré sur le corps qui conjoint le temps et l’espace. Elle démontre comment sa passion de la danse a constitué sa réponse symptomatique au réel de son identité, de sa quête de la féminité et de son rapport aux objets du désir de l’Autre, le regard et la voix. Elle convoque à l’appui de ce parcours un conte d’Alfonse Allais, l’œuvre de l’art charnel d’Orlan, la danse des sept voiles de Salomé qui s’inspire du mythe de la déesse Ishtar issu des croyances assyriennes et babyloniennes.

Mots-clés : danse, schéma optique, regard, voix, jouissance du mouvement.

LA STRUCTURE
Le trait unique – einziger Zug – chez Freud. Yamina Guelouët-Thabet

Résumé

Dans un contexte de bouleversements sociaux provoqués par l’imminence du conflit mondial de 1914, contexte propice aux formations en foule, l’intérêt de Freud pour les questions de société, déjà manifesté dans « Totem et tabou », se trouva fort aiguisé. Poursuivant sa réflexion sur ce sujet , il entreprend de donner une base psychanalytique à la psychologie des foules. Pour ce, il va recourir au processus de l’identification pour en élaborer le concept et aboutir à la découverte de l’einzgur-zug , le trait unique identificatoire, qui va révéler sa fonction opératoire au sein de la foule, miroir grossissant de ce qui advient à l’échelle individuelle.

Mots-clés : Freud, psychologie des foules et analyse du moi, idéal du moi, identification, einziger zug-trait unique.

La répétition au fil de Lacan. Christine Chagneaud

Résumé

Lacan, séminaire après séminaire, creusera le concept de répétition: comme fait de langage d’abord, ensuite comme indice du lieu où le sujet ne peut se nommer, puis comme cause au surgissement de l’unaire. C’est avec le séminaire XI, dans le temps de l’ex-communication, que le pas de Lacan sera décisif. Quittant le seul champ de la fonction signifiante, il nouera répétition et réel – tuché et automaton – faisant de la répétition l’index du réel.

Mots-clés : répétition, signifiant, sujet, réel, principe de plaisir.

EXTÉRIEURS
D’Ériphile à Œdipe. Les fruits amers de la pédication. Serge Lavoine

Résumé

Le seul personnage tragique de l’Iphigénie de racine, Eriphile, l’est peut-être en tant qu’on peut la supposer née d’une pédication manquée d’Hélène par Thésée, de même qu’Œdipe est né d’une pédication manquée de Jocaste par Laïos. Le texte de Racine, dans sa crudité, tend à vérifier cette hypothèse.

Mots-clés : naissance interdite, pressentiment tragique, obsession sexuelle.

La voix féminine de l’orgueil libertin. Jean Goldzink

Résumé

L’article se propose d’illustrer un thème imposé (‘’La parole’’) sur la Lettre 81 des  »Liaisons dangereuses’’. Il part du postulat  que la philosophie et la littérature d’Ancien Régime établissent  la priorité des passions, aptes à former dans chaque cas un système logique à mettre au jour. La Lettre 81 le confirme explicitement. L’origine de l’auto-éducation rigoureuse de Mme de Merteuil se construit à partir de la rencontre entre l’orgueil et l’inégalité des sexes. La marquise prétend renverser, pour elle seule, le système viril du libertinage. D’où la tonalité unique de sa voix.

 Mots-clés : libertinage féminin, Liaisons dangereuses, inégalité des sexes.

Y ETU ?

There it was, word for word,
The poem that took the place of a mountain.

Il était là, mot pour mot,
Le poème qui a pris la place d’une montagne.

Wallace Stevens, À l’instant de quitter la pièce, Paris, Librairie José Corti,  2006, p. 38-39
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claire Malroux

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