Les numéros à venir

PSYCHANALYSE YETU n° 49 – L’ARGENT, mars 2022

L’homme aux rats nous offre une première vue, toujours pertinente, sur l’argent. Il est la merde à la place des yeux d’Anna Freud, ce que Freud interprète comme le vœu d’épouser sa fille non pour ses beaux yeux, mais pour de l’argent. Quant aux rats (Raten), grâce à leur homonymie avec l’acompte (Ratten), ils permettent à cet analysant d’espérer solder, avec une monnaie-rat, sa dette à l’endroit du père. Deux faces donc : le vœu incestueux du sexe avec Anna, mais amendé par une conjuration de cette transgression, dès lors que son motif n’est pas la libido, mais la soif d’argent. Chez Lacan, le mathème du discours capitaliste donne à lire une promesse qui retentit comme la phrase sinistre : Enrichissez-vous ! Telle est sans doute la supériorité du capitalisme. On ne trouve, ni dans le féodalisme, ni dans l’esclavagisme, une phrase du genre : Tous nobles ! Tous maîtres ! A partir de ces prémisses, plus rien n’interdit de peser l’argent, y compris dans la pratique analytique, à l’aune de sa valeur : usage ou échange. Ni non plus, puisque manifestement l’argent concurrence le sexe dans une conception cynique de l’ « éthique », de se demander si, à jamais, les centi-milliardaires vont écumer nos vies.

Pierre Bruno

PSYCHANALYSE YETU n° 50 – L’ÉVENTAIL DU SEXE, septembre 2022

Sans doute, dans l’érotique de l’époque, est-on enclin à penser que seul le genre a un éventail, ce qui d’ailleurs, au regard du trinôme masculin, féminin, neutre, se révèle décevant. L, G, B, T,…n, certes enrichit la grammaire, mais la multiplication des genres, quel que soit l’intérêt des questions que pose une telle auberge espagnole, rate la raison qui fait qu’aucun alphabet n’est infini. Parions donc sur l’éventail du sexe, dont le nombre de pales est innombrable, ou du moins non dénombrable, non pas au regard du nombre finalement restreint des comportements qu’il permet, ou ne permet pas, qu’au regard de la singularité inépuisable du franchissement, effectif ou seulement rêvé, du seuil de la virginité, dont nul ne peut s’exempter. La portée de l’éventail, dans son aspiration de respiration, ne tient donc pas d’abord à l’extension de son arc, mais à la capacité de chacune de ses pales à incarner le biseautage de l’air par l’aiguisement d’une lame. Ce mouvement a deux bords: le premier implique la nomination de la dite lame, l’autre, que la nomination retienne son souffle pour mieux habiter l’air.

Pierre Bruno

PSYCHANALYSE YETU n° 51 – L’ABYME DU POUVOIR, Mars 2023

L’équivoque Y-I ne se refuse pas. La mise en abyme indique que, aussi grande que soit la dernière poupée russe, celle qui enferme toutes les autres, elle n’est jamais satisfaisante, frustration (Versagung) que Lacan a définitivement inscrite dans le discours capitaliste, où la ronde folle du plus-de-jouir ne cesse de repasser du plus-de-jouir au sujet, sans jamais buter sur la grande barrière. Faute de conclusion, labyme se réverbère dans un faux infini. Quant au I de l’abîme, vêtu de son chapeau circonflexe, il fait signe au mieux, ou au pire, que cette course folle se termine soit dans la tombe de la défaite, soit dans les catacombes de l’histoire (on sait les noms).
De ce double destin, dans lequel la malédiction d’être né n’a jamais pu être surmontée, une analyse, ou autre, peut nous écarter, à la condition de servir une cause qui ne soit pas de s’en servir – ou s’en asservir.

Pierre Bruno

PSYCHANALYSE YETU n° 52 – SURMOI, MOI, ÇA, EGO, septembre 2023

On pourrait sous-titrer: Du rififi  dans la topique! Supposons un peuple qui ne verrait le monde que perché sur les épaules de ses voisins. Est-ce une allégorie du surmoi? Pourquoi pas, si on tient que le surmoi est un surplomb capable de donner du sens à tout et de créer pour chaque événement sa faute causale. En conséquence, il est l’ennemi mortel de la division du sujet entre savoir et vérité. Quant au moi, tricoté, détricoté, re-tricoté inlassablement  par Freud, il, oscille, chez les héritiers, entre une instance d’arbitrage et, à l’opposé, le lieu d’une refente.
Tout ça pour ça! Pourrait-on dire alors, pour évoquer cette instance,  implacable de naître pas-je, qu’elle congédie ironiquement la subjectivation? Reste l’ego, celui qui rectifie sans se décourager les nœuds ratés, telle une couturière cousant un habit de lumière, au risque d’enflammer l’arène.

Pierre Bruno

PSYCHANALYSE YETU n° 53 – DU RIRE, mars 2024

Qu’est-ce qui fait rire? Pas une blague mal racontée parce qu’incomprise. Le seul à rire, dans ce cas, serait  celui qui, ayant entendu cette même blague bien racontée, rit de celui qui la raconte mal. Ou encore, la vue de Charlot virevoltant, et perdant la manchette sur laquelle sont inscrites les paroles de la chanson qu’il n’a pas apprise par coeur. Stoppons la liste: c’est un inventaire-Prévert! Pour l’ordonner, on peut remarquer que, dans le premier exemple, l’énonciateur de la blague ( la première personne selon Freud dans Le mot d’esprit), se retrouve être la seconde personne, celle dont on rit, et que la troisième personne (Die dritte Person), seule, garde sa place, mais pour rire non de la blague, mais de la sottise du premier. Dans le deuxième exemple, il est de même aisé de repérer le comique, en tant qu’accident du phallus, tel que représenté par l’envol de la manchette-prépuce. Dans l’humour, maintenant, le grand surmoi « console » le petit moi, en l’allégeant des affects de souffrance auxquels telle situation l’aurait confronté. Ainsi, le condamné mené à la potence disant: « la semaine commence bien! » C’est pourquoi , à la différence du comique et du mot d’esprit il y a, dans l’humour, du « sublime », c’est à dire un dépassement des canons qui nous enferment dans une réaction affective sans recours. D’où une conclusion: Ne rit pas qui veut!

Pierre Bruno