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PSYCHANALYSE N°34

 Le sujet, le capitaliste et le saint

 

N°34

 

 LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE

La possibilité d’un troisième sexe. Nicolas Guérin

résumé

Si aucun des discours établis ne fait lien social entre les sexes, quelle est, en revanche, l’incidence du sexe sur le lien social ? Et, particuliérement, quelle est la consistance psychanalytique de la notion vague de « troisième sexe » ? Après un détour concernant la fonction du transsexualisme dans le maintien du rapport du sujet à l’Autre, il s’agira d’examiner les raisons qui poussèrent Lacan, à la fin de son enseignement, à articuler ce qu’il appelait le « troisième sexe » avec le mythe de Lilith et le noeud borroméen généralisé.

Mots-clés : troisième sexe, transsexualisme, lien social, Lilith, noeud borroméen généralisé.

La lice du rêve. Pierre Bruno

résumé

La lice du rêve développe, à travers l’examen des rapports entre rêve et trauma d’une part, entre rêve et poésie d’autre part, une thèse concernant l’interprétation, à savoir que celle-ci ne peut se réduire à la seule demande recélée dans le souhait (Wunsch) et que dans l’accomplissement même de cette demande s’affirme l’existence du rêveur, en tant que s’inscrivant dans un processus de séparation par rapport à l’Autre.

Mots clefs : rêve, interprétation, trauma, poésie, demande, séparation.

LE CAS

Sexe et langes. Sylvianne Cordonnier

résumé

A l’heure incontournable du choix de sa place dans la répartition des sexes, un jeune sujet aux prises avec la forclusion du Nom du Père, se prendra à l’offre de la psychanalyse pour cerner son atypie et trouver la voie d’un lien social qui réponde de son choix. Sa recherche d’une solution se fera par l’usage singulier qu’il fera de la lettre. La rédaction d’un carnet témoignera de son effort : extraction de l’objet voix, autonomination, inscription dans une filiation d’apparentement symbolique, déclinaison d’une guise autre de la transmission.

Mots clefs : le sexe comme question – pousse à la femme – lettre de la désinence – statut d’exception – extraction de l’objet « voix » – filiation et origine – nomination sinthomatique

LE SUJET, LE CAPITALISTE ET LE SAINT

Le réalisme du discours capitaliste et l’utopie du saint, passes et impasses.               Christian Fierens

résumé

Chaque discours implique la non-coïncidence du cogito et de l’être : « ou je ne pense pas ou je ne suis pas » et plus particulièrement le lieu vide d’extrême jouissance où « je ne pense pas et je ne suis pas ». L’insupportable de ce lieu est comblé par un bouchon réaliste qui transforme le discours du maître en discours capitaliste et le discours psychanalytique en discours de l’analyste. Le « saint » soutient la vacuité et l’utopie du lieu d’extême jouissance.

Mots clefs : Barrière de la jouissance, capitaliste, Cogito, discours de l’analyste, discours psychanalytique, être et non-être, impasse, jouissance, Marx, passe, places des discours, plus-value, plus-de-jouir, produit, réalisme, saint, semblant, signifiant.

Le discours capitaliste, une pente totalitaire. Annie Voiret

résumé

Le discours capitaliste confronté à la dérégulation du lien social qu’il génère tend à chercher alliance, à susciter connivence auprès des autres discours pour colmater ses brèches.Il les asservit ce faisant à sa cause totalisante…, ce qui n’est pas sans quelque conséquence.

Mots clefs : crise, lien social, connivence de discours

Le choc des discours. Jacques Podlejski

résumé

Partant du constat avéré des tensions croissantes entre démocratie et capitalisme, cet article s’attache à situer le choc entre le discours du capitaliste (DC) promu par les élites dirigeantes et le discours du maître (DM) porté par l’Eglise catholique. Il se conclue sur des considérations cliniques quant à la nécessaire restauration du DM comme préalable à l’entrée en analyse du sujet pris dans le DC.

Mots clés : Discours du capitaliste, discours de la religion, forclusion de la castration.

Elle « marche haut ». Elda Pouli

résumé

De quelle façon le discours de l’analyste permet au sujet psychotique de trouver une sorte d’assise ? Ce cas clinique met en évidence l’enjeu du travail clinique qui tient à la place que doit occuper l’analyste. Le sujet de ce cas avec l’image “plastique” –image qui soutient le sujet face à la jouissance de l’Autre- arrive à trouver une sorte de lestage, à travers la dimension du langage.

Μots clefs : Image, Corps, Implants mammaires, Sujet psychotique, Jouissance, Langage,
Discours de l’analyste

La psychanalyse au chef de la politique. Dimitris Sakellariou

résumé

Le discours du capitaliste propose une complémentation du sujet par son supposé plus de jouir. Son action délétère produit en revanche un manque à jouir permanent, frustration toujours renouvelée. Est-il possible de sortir de ce cercle vicieux ? Si oui, comment ? Probablement en élevant le symptôme à sa dignité insurrectionnelle. Soustraire le sujet à la soif de manque à jouir peut-être l’enjeu d’une analyse, mais cela reste contingent. Impossible en revanche sans l’analyste.

Mots clés : Discours du capitaliste- Discours analytique, plus-value, plus de jouir, Désir de l’analyste comme rebut de jouissance, Symptôme social (prolétaire), Sinthome.

UNE HISTOIRE VRAIE

Folie, désaliénisme, psychanalyse. Franck Chaumon

résumé

Il est des analystes qui « ne reculent pas devant la psychose ». Pour autant, affrontent-ils la folie ? Le moins que l’on puisse dire, est qu’il est des manières bien différentes d’en faire cas, c’est à dire de soutenir l’enjeu du discours analytique face au discours psychiatrique. L’option de la Psychothérapie Institutionnelle en est une des perspectives possibles. Je propose d’examiner ici une autre orientation, dite « désaliéniste », celle de Lucien Bonnafé.

Mots clefs : psychose, folie, discours analytique, discours psychiatrique.

EXTERIEURS

Rêves et prophéties en Mésopotamie du IIIe au Ier millénaire avant J.-C.                       Fayssal Abdallah

résumé

L’objet de cet article est de présenter des exemples de rêves écrits en caractères cunéiformes, en langues sumérienne et akkadienne, remontant au troisième et deuxième millénaire avant notre ère. Ces textes rédigés sur des tablettes d’argile, par des prêtres ou divins dans les temples en Syrie et en Iraq, reflètent la réalité psychologique des individus et les pouvoirs religieux et politiques qui s’imposent à la vie quotidienne. Une des fonctions du prêtre, surtout de celui qui porte le titre « Nébou » (qui veut dire prophète) est d’interpréter les rêves des individus, et de les présenter, oniromancies, à l’autorité politique pour répondre à des situations critiques.

Mot clef : rêve en Mésopotamie

Y ETU ?

Du non-écrit, durci en langue, libère un ciel.

Paul Celan. La rose de personne. Points.

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PSYCHANALYSE N°33

 L’amour, la haine, la passe.

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LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE 

A cause du soleil, j’haine où ? Thérèse Charrier

Résumé

Cet article, à  partir de L’Etranger de Camus, explore la haine structurale prise dans le processus du démenti ou dans le processus du refoulement. Il pose la question du traitement possible de la haine, ce dernier ne pouvant faire l’économie de l’expérience de la jouissance de la haine.

Mots clefs : haine ; démenti ; refoulement ; Chose ; jouissance.

Y a-t-il un sujet qui habite son corps dans l’autisme ? Dimitris Sakellariou

Résumé

Le « sujet » autiste qui refuse de façon radicale de s’aliéner au langage, se trouve de ce fait dans une dialectique particulière dans son rapport à l’Autre dont il refuse d’être l’objet de jouissance.  Le dispositif de travail avec un analyste, et son désir sans demande, peut produire des effets de sujets qui surprennent son entourage. Il démontre ainsi ce qu’est un sujet pour Lacan.

Mots clés : Autisme, sujet, Autre, corps, Jouissance, Séparation, bord pulsionnel, objet autistique, objet transitionnel, signe.

Amour sans désir ou jouissance sans amour : deux modes différents d’être pervers. Emmanuel Lehoux 

Résumé

En suivant  les pas de Csillag, Sade et Gide, on s’aperçoit que dans le champ de la perversion les rapports à l’amour à la jouissance, à l’écriture et la question d’être quelqu’un se posent mais se résolvent différemment.   Il s’agit de traiter l’origine là où la Chose attend,  ce qui se dénoue dans un certain rapport au père.

Mots clefs : Etre, féminin, jouissance, amour, perversion

Souvenirs inoubliables. Véronique Sidoit

Résumé 

Depuis les procès des anciens chefs Khmers Rouges, la parole se libère et le régime des Khmers Rouge peut commencer à s’extraire de sa gangue traumatique, devenant ainsi objet et élément de langage. L’auteur s’attache à traiter tout d’abord du trauma lorsqu’il est lié à un événement extérieur tel la confrontation à la mort et/ou l’abandon par l’Autre. A partir de l’exemple d’une petite fille, elle avance le rôle du fantasme comme protection au regard du réel traumatique. Dans un second temps, elle déplie la question de l’oubli et du souvenir et ouvre un questionnement sur l’impossibilité d’oublier et ses ressorts. A partir des formes de retour de ces souvenirs, répétition ou réitération, elle donne un aperçu de la position éthique de certains sujets qui soutiennent une position de refus, un refus d’oublier.

Mots clefs : Cambodge, Khmers rouges, traumatisme, souvenir, oubli, mémoire, fantasme, mort, castration, division, démenti, clivage, répétition.

LA PASSE 

La passe ou l’avenir de la psychanalyse. Jacques Nassif

Résumé 

Sous la forme d’une lettre, adressée à son ex-analysante qui lui a demandé de “faire la passe” pour témoigner de ce qu’aura été son analyse et faire constater sa fin, un psychanalyste des C.C.A.F. témoigne à son tour ici de ce qu’aura été en trente ans l’évolution de ce dispositif au sein de son association. Une fois prise la décision de reprendre la passe de Lacan, avec l’intention expresse de faire mentir la déclaration d’échec dont elle a été assortie en 1978, force est de constater qu’il a fallu pour cela réformer sa forme et son contenu, les détails de ce remodelage formant l’essentiel de la teneur de cette lettre. Mais il a fallu surtout aller jusqu’à éviter que cette invention institutionnelle ne débouche sur la nomination à un titre de psychanalyste, la nomination ne portant plus que sur les temps forts d’un parcours de vie se faisant valoir comme analytique jusqu’à la conclusion de sa fin à authentifier.

Mots clefs : passe, passant, passeur, témoignage indirect, dispositif sur la pratique, titre de psychanalyste ou sa garantie, cartel de passe (et non jury), coordonnant de la passe, rapporteur de la passe

Quelques remarques en passant . Brigitte Lemerer

Résumé

Cet article propose quelques réflexions sur l’analyste, sa formation et les dispositifs à l’œuvre dans cette formation.

Mots-clés : analyste, collectif analytique, dispositif de passe, cartel, nomination.

THÉORIE

La famille selon Bettelheim. Ramon Menendez

Résumé 

Un point qui a été souvent critiqué dans le travail de Bruno Bettelheim est sa position vis-à-vis des parents et en particulier des mères. Ses détracteurs ont souvent épinglé cet aspect de sa pratique pour discréditer l’ensemble de l’œuvre de Bettelheim et la psychanalyse. L’article cherche à restituer la complexité de la pensée de Bettelheim en ce qui concerne la famille et les mères. Ses sources viennent de la sociologie, de la pédagogie et en particulier de la philosophie. Sa pensée ne s’inscrit pas dans une discussion sur l’étiologie de l’autisme, mais dans le cadre d’une réflexion plus large sur les enjeux de pouvoir au sein de la famille. Ce travail permet de mieux situer le débat sur ce point, qui n’est pas consensuel, à l’intérieur de la psychanalyse.

Mots clés : Bettelheim, famille, mères, autisme, philosophie, psychanalyse 

Le savoir-y-faire avec le réel ; une nouvelle conception sur l’invention. Leticia Couto e Silva de Mello

Résumé :

Cet article aborde le thème de l’invention dans son rapport au savoir-y-faire avec réel et fait un parallèle entre l’invention artistique et l’invention analytique. La question de l’invention traite du réel en tant que lettre. Ce qui veut dire que le psychanalyste, aussi bien que l’artiste, crée un artifice face à l’impossible de tout dire et de tout représenter. Néanmoins, les opérations artistiques ne font pas du sujet un analyste aussi bien que l’opération analytique ne ramène pas à la formation d’un artiste.

Mots clés : réel, lettre, sinthome, art contemporain, invention

LE MUSÉE DU SAVOIR 

Les rêves et les moyens de les diriger. Extraits. Marie-Léon d’Hervey de Saint-Denys

Premières lignes :

À propos de Marie-Léon d’Hervey de Saint-Denys, Freud écrit, dans L’interprétation des rêves : « Le marquis d’Hervey […], dont, en dépit de tous mes efforts, je n’ai pu me procurer l’ouvrage, paraît avoir été le plus énergique défenseur du rendement intellectuel du rêve. […]. Vaschide, qui nous fait connaître le livre d’Hervey plus exactement, dit que cet auteur s’exprime de la manière suivante sur l’incohérence apparente des rêves : “L’image du rêve est la copie de l’idée. Le principal est l’idée ; la vision n’est qu’accessoire. Ceci établi ….»

 EXTÉRIEURS

Nos voisins sont tellement humains. Michel Herreria

Résumé

Variations graphiques sur quelques scènes de voisinage. Dessins de Michel Herreria pour la résidence de Script au Molière-Scène d’Aquitaine à Bordeaux: « Les arts mitoyens dans le voisinage du théâtre ».(novembre 2014). Sur une proposition de Jean Paul Rathier.

Mots clefs: dessins, voisins, arts mitoyens

Y ETU?

Qu’un savon puisse croire en Dieu, passons. 

Mais ses bulles ! 

Pierre Alechinsky. Des deux mains . Mercure de France, 2004

 

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PSYCHANALYSE N° 32

 La crypte de la psyché

4Sans titre                                                                        février 2015

 

LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE 

La crypte de la psyché. Henri Rey-Flaud 

Résumé  

A la fin de sa vie, en 1936 et 1937, une série d’articles inaugurée par « Un trouble de souvenir sur l’Acropole » présente un bouleversement de la théorie freudienne : la mise en évidence d’une opération inédite – ( le démenti généralisé) substituée au refoulement – et du clivage substitué à la division , fait apparaître un nouvel espace psychique oublié (le non-reconnu), antérieur à l’inconscient, qui constitue la crypte de la psyché. Ces avancées font entrevoir une nouvelle conception de la cure.

Mots-clefs : démenti (Verleugnung), non-reconnu (Unerkannte), ombilic du rêve, clivage généralisé (Ichspaltung), roc de la castration. 

Croisement. Pierre Bruno

Résumé

Cet article engage un dialogue avec le dernier livre d’Henri Rey-Flaud, Je ne comprends pas de quoi vous me parlez. Il met en valeur la thèse inédite de Rey-Flaud sur la place du démenti dans la psychanalyse et les conséquences de cette thèse sur un renouvellement de la conception du refoulement et de l’inconscient. Dans un second temps, il avance une autre façon d’envisager la place du démenti, en particulier par la prise en compte des  formules lacaniennes de la sexuation côté féminin.

Mots clefs: refoulement, démenti, croyance, formules de la sexuation. 

THÉORIE

Le cauchemar de Max. Christian Cazeneuve 

résumé

Quel statut donner à l’hyperactivité du DSM ? Entité clinique inconsistante, nous l’envisagerons comme dispositif, au sens que Foucault puis Agamben donnent à cette notion. Cela nous amènera à nous intéresser au nouveau lien qui s’établit  entre santé mentale et école, sous l’influence de l’idéologie néolibérale. Mais si un dispositif façonne une subjectivité, ses effets de forçage rencontre une résistance du sujet. 

Mots clefs: dispositif, sujet,subjectivité                             

Un amour maudit. Tingting Cai

Résumé  

À travers une relecture psychanalytique du roman chinois Le Rêve dans le pavillon rouge, je voudrais articuler la fonction du regard, représentée dans le roman par le jade transcendant, avec la prédisposition et le commencement de l’amour. Le regard y joue successivement le rôle de montreur et de déclencheur; mais en tant que dépositaire d’une jouissance qui a échappé à l’opération homogénéisatrice dans la structure signifiante, il est la marque même de l’amour maudit du héros.

Mots-clés : Regard, Amour, Pulsion scopique, Jouissance.                              

LE CAS

Tomber dans le là. Pascal Quignard, l’autisme et la danse perdue. Armêl Mattmann-Jacques 

Résumé 

Chute, tournoiement, pointes, repli… Qu’est-ce qui se joue dans le corps en mouvement des personnes que l’on dit autistes? Et de même, dans le corps des danseurs?Pascal Quignard déplie ces « pas » de danse qui tendent à retrouver la motricité perdue de la vie intra-utérine. Ces danses s’envisagent alors comme points d’appui autant que de bascule entre deux mondes, entre vie et mort, suspens dans la rencontre avec l’Autre menaçant. 

Mots clés : autisme – danse – Pascal Quignard – Médée                              

QUESTIONS       

De la querelle du phallus à la guerre du genre. Jacques Podlejski 

Résumé 

Depuis 2012, un conflit divise l’opinion publique française au sujet de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe et du développement d’une éducation sexuelle inspirée des gender studies. Cet article s’attache à situer les positions antagonistes et les discours dans lesquels ils s’inscrivent. Il se conclu sur des considérations relatives à la disjonction introduite par Lacan entre anatomie et position sexuée, notamment en ce qui concerne la position de l’analyste.

Mots clés : genre, mariage homosexuel, éducation sexuelle, position de l’analyste.                              

LA STRUCTURE

Symptôme et sinthome, 3e partie. Le symptôme dans la première topique, suite.(Freud, 1915-1919).Fabienne guillen

 Résumé

Pendant l’année 1914-1915 qui voit le début de la première guerre mondiale, Freud tente une vaste mise au point métapsychologique de sa longue expérience de la psychanalyse. Nous avons essayé d’y recueillir la conception qu’il se fait du symptôme à l’apogée de la première topique avant le tournant majeur de 1920. En 1918, nous pouvons souligner le tournant que la cure de l’homme aux loups constitue dans son œuvre par la mise en avant dans la formation du symptôme, et du fantasme, et du rapport du sujet à la castration qui prépare le renversement théorique de 1926 sur sa conception de l’angoisse.

Mots-clés : symptôme, métapsychologie, fantasme, formes de négation de la castration                              

PAS DE PORTE

Le mythe de l’équipe primitive. Mathieu Blesson

Résumé

Le football n’a pas toujours bonne presse dans le milieu psychanalytique. Et pourtant, rien n’empêche de le considérer comme une provocation à la pensée sous la forme d’une psychanalyse appliquée. Surtout lorsqu’il s’agit d’un événement aussi populaire que la Coupe du monde, la dernière édition ayant été bien malgré elle le théâtre d’un retour à Freud dans la mesure où cet article soutient que le parcours réalisé par l’équipe du Brésil jusqu’aux portes de la finale n’est pas sans rappeler le célèbre mythe de la horde primitive.

Mots clés : Football, religion, Sigmund Freud, François (pape), Totem et tabou, le mythe de la horde primitive                              

EXTÉRIEURS

Entretien avec Gautier Deblonde.Du photographe à l’artiste.Par Catherine Bruno et Véronique Sidoit                                                        

 Résumé 

Dans l’entretien accordé à la revue PSYCHANALYSE, le photographe Gautier Deblonde parle de l’évolution de son travail de portraitiste, de son rapport à l’image, à la création artistique et à l’art contemporain.Sa rencontre avec le sculpteur australien, Ron Mueck, lors de la fabrication de Boy pour la Biennale de Venise en 1999, aboutira à la réalisation de son premier film, Still Life – Ron Mueck at work, à l’occasion de l’exposition de Ron Mueck à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, en 2013.

Mots-clefs : Gautier Deblonde, photographie, image, portrait, film, Ron Mueck, odeur, art contemporain, atelier d’artiste 

Poèmes.

Howard Barker                              

Y ETU ?          

Par dons modestes et mots entravés

   Le cœur humain apprend

   Le rien -

  « Rien » est la force

  Qui rend le Monde neuf -

Emily Dickinson. (Poèmes épars. Traduits par Claire Malroux)

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PSYCHANALYSE N° 31

La perversion et la loi.                 

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septembre 2014

 

LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE 

Perversion de l’avenir, au-delà de la perversion. Marie Jean Sauret

Résumé

La psychanalyse n’a pas été capable d’inventer une nouvelle perversion. De son côté le monde contemporain pousse au pervertissement de la loi en substituant une multitude de « lathouses » à l’objet dont la perte cause le désir. Le psychanalyste saura-t-il y préserver sa place de semblant et permettre que la psychanalyse trouve, en même temps qu’elle se renouvelle, « quelque chose de moins stéréotypé » que la perversion ?

Mots clefs : Lien social, perversion, père-version, objet a, rapport sexuel. 

Perversion ou transgression II. Isabelle Morin

Résumé

Il s’agit dans ce travail de distinguer l’écart entre transgression de la loi et perversion de la loi. Le sujet pervers, volontiers pédagogue, nous enseigne comment il retourne la loi, puisque pour lui, la loi et le désir se soutiennent sur une bande de Moebius, ce qui l’empêche de transgresser la loi car manque une coupure. En conséquence il reste aliéné à une loi féroce qui lui commande de jouir.

Mots clés :Transgression, perversion, loi, désir, père, castration, coupure. 

Rêve d’une ombre, l’homme. Patricia Leon

Résumé

La proposition de ce texte est de lire la conférence de Lacan à Caracas comme un rêve. Au niveau du contenu manifeste, il s’agit du refus de Lacan pour réduire son école à une filiation historiciste, confinée au dogmatisme académique et thérapeutique. Au niveau du contenu latent, Lacan en nous faisant entrer dans le tableau de Bramantino, nous montre que le véritable au-delà, le franchissement de l’inconnu c’est l’inconscient! L’hiatus femme-mère nous y introduit. Entre la nostalgie qu’une femme ne soit pas une grenouille et la vierge à l’enfant ce tableau nous fait franchir la barre entre le visible et l’invisible, par le mystère du féminin au cœur de ce hiatus,  un autre temps, un autre espace s’ouvre celui de l’ombre et du dépassement de l’ombre.

 Mots clés : Conférence de Lacan à Caracas, Rêve, hiatus entre le maternel et le féminin, ombre,  franchissement, inconscient . 

Fin du rêve. Pierre Bruno.

Résumé

Le roman de Murakami Kafka sur le rivage  donne à lire que l’au-delà de l’Oedipe n’est pas accessible sans l’accomplissement onirique des deux interdits qui le composent. Dans la variété des modalités par lesquelles un sujet forge une solution pour atteindre cet au-delà, on peut identifier, à condition d’écarter toute pusillanimité, ce que le discours capitaliste nous forcerait à tenir pour un libéralisme sexuel.

Mots clefs : Au-delà de l’Oedipe, sexualité, fin du rêve.  

LE CAS QUI CONTREDIT LA CLINIQUE 

Le Squiggle, une invention de Winnicott revisitée avec Lacan.Édith Cassan Toesca

Résumé

Le jeu du Squiggle, invention de Winnicott, est ici revisité en prenant appui sur l’enseignement de Lacan. À partir d’un cas clinique où se dessinent et s’échangent des tracés il s’agit d’interroger la conduite d’une cure d’enfant en opposant deux conceptions : l’une invite à une identification de l’analyste à la mère, l’autre pose la séparation comme introduction du manque. Les notions d’objet petit a et d’objet transitionnel y sont explorées à partir des divergences concernant la question du sujet chez ces deux auteurs.

 Mots-clés : Manque, squiggle, tracé, objet, séparation, sujet 

LA PASSE

Une passe de l’ombre à la lumière . Claudine Casanova.

Résumé

La vérité la plus déconcertante de la passe fut la révélation que, sans renoncer à son analyse, le sujet y avait mis les freins inconscients les plus puissants, que si le chemin avait été si long et tortueux, il en avait eu sa part de responsabilité, et que les mots de résistance et refoulement prenaient enfin, toute leur consistance.

Mots-clés : Révélation – inconscient- responsabilité du sujet- résistance- refoulement. 

LA STRUCTURE

Le symptôme dans la première topique( Freud 1909-1914). Fabienne Guillen

Résumé

En suivant pas à pas le développement de la pensée de Freud qui élabore un modèle du fonctionnement psychique selon la première topique « Ics-Pcs-Cs », nous essayons de saisir les tâtonnements et les contradictions qu’il rencontre dans son concept de symptôme. Des questions apparaissent : y-a-t-il un paradigme du symptôme ? Quelle est la place particulière que prend la phobie au sein des autres symptômes ? Le délire est-il à rapprocher du symptôme ou du fantasme ? Le refoulement est-il le même dans les psychonévroses de défense et les névroses narcissiques ?

Mots-clé : symptôme, première topique, phobie, obsessions, délire, hypocondrie 

EXTÉRIEURS

 » Entretien avec Frédéric Diart, peintre classique ». John Holland. Véronique Sidoit.

Résumé.

Frédéric Diart a accepté de s’entretenir avec PSYCHANALYSE au sujet de son œuvre picturale, dans laquelle la matière (Résines, solvants, matières organique – sang de bœuf -, et végétale, colles diverses) et les mots s’allient et fusionnent pour atteindre un au-delà dans un renoncement aussi bien au langage qu’à la peinture. Son travail est une véritable recherche engagée depuis des années sur les mots, des mots qui résonnent avec des expériences extrêmes aux limites de l’humain, des mots-limites, des mots-frontières qui bordent et ouvrent sur un autre espace. Frédéric Diart se dit peintre classique, ses tableaux ne le sont pas.

Mots-clefs : peinture, matière, mots, lettre, illisibilité, langage, mémoire, histoire. 

TRADUCTION

Oscar Masotta. Jacques Lacan ou l’inconscient aux fondements de la philosophie. Traduit par Jordan L’Hostis-Le Hir revue par Guy-Félix Duportail

Premières lignes

L’introduction de la psychanalyse lacanienne en Argentine dans les années soixante est inséparable du nom d’Oscar Masotta (1930-1980). Par-delà l’Argentine, ce fut toute l’Amérique latine et le monde hispanique en général qui, grâce aux traductions et commentaires de Masotta, put bénéficier d’un accès direct à la pensée de Lacan…

UNE PSYCHANALYSE ? 

Le risque du chemin perdu. Anne Le Bihan.

Résumé

L’analyse consiste à emprunter le chemin perdu, nom du destin que l’inconscient fait au sujet. L’expérience de l’analyse qui le fait s’éprouver aux effets du langage le fait aussi rencontrer l’impasse du sexe et de l’amour et l’impasse du travail de la solution névrotique. Qu’une sortie soit possible tient à ce qu’il n’y ait ni sens commun, ni impasse commune.

Mots clés : analyse – inconscient – impasse

Y ETU?

Dernier cri

Le facteur. – Assez de paroles, des faits !

L’acteur. – Assez de faits, des actes !

L’auteur. – Assez d’actes, des paroles.

 Jacques Rebotier. Le dos de la langue.Paris, Gallimard. Coll. « L’Arbalète ». 2001

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PSYCHANALYSE N° 29.

 Amour courtois, perversion, symptôme.            

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janvier 2014

LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE

La perversion de la loi.  Isabelle Morin 

Il s’agira dans ce travail de montrer comment le sujet pervers falsifie les lois du langage pour triompher de la castration, et en conséquence  d’introduire un écart entre perversion de la loi et transgression de la loi.

Mots clés: perversion, transgression castration, loi, discours pervers. 

Au menu cannibale. Catherine Bruno. 

En reprenant le mythe littéraire du cœur mangé au travers des œuvres de Jakemes, de Sade et de Claudel, l’auteure explore la question du cannibalisme à partir de ce qu’en dit Lacan dans son séminaire Le Transfert.

Mots clefs : Cannibalisme, objet partiel, père humilié, cœur mangé, marquis de Sade, valeur d’échange.

 THÉORIE 

De quoi l’objet a est-il le nom ? Mathieu Blesson

Synonyme de Jacques Lacan et de son enseignement, l’objet a n’est pas un concept théorique comme les autres. Il est unique, précisément parce que c’est un objet qui échappe à toute forme de logique mathématique. Aussi est-il intéressant d’en étudier la genèse, ne serait-ce que pour montrer combien le logicopositivisme a joué un rôle décisif dans son invention. A commencer par le théorème d’incomplétude de Kurt Gödel, lequel peut être considéré comme l’une des clés, sinon la clé théorico-clinique la plus importante pour comprendre cette notion issue de la théorie de la relation d’objet, au principe même de l’expérience analytique.

Mots clefs: Jacques Lacan, objet a, Kurt Gödel, logicopositivisme, Cercle de Vienne

Hamlet le scandale. Des identifications et de l’escamotage de l’objet. Balbino  Bautista

Le drame d’Hamlet  est l’enjeu d’une remise à plat du phallus atypique si cette remise à plat est non seulement génératrice d’une subjectivité, celle du sujet moderne, mais aussi de l’illusion d’un sujet au règne séparé et donc de l’élision de la castration.

Mots clefs : identification et objet ; discours et désir de l’autre

Amour en anamorphose- l’amour courtois et l’amour fou. Kosuke Tsuiki

Dans L’éthique de la psychanalyse Lacan affirme : «Bien que tout à fait effacé de nos jours dans ses prolongements sociologiques, l’amour courtois laisse tout de même des traces dans un inconscient pour lequel le terme de collectif n’a aucun besoin d’être utilisé, dans un inconscient traditionnel, véhiculé par toute une littérature, par toute une imagerie, qui est celle dans laquelle nous vivons dans nos rapports avec la femme.»  Qu’est-ce que cela veut dire ?  Suivant la logique qui lui permet de mettre en parallèle l’amour courtois et l’amour fou (signé par A. Breton), nous envisageons de dévoiler la portée de cette remarque de Lacan.

Mots clefs : amour courtois, amour fou, la Chose, anamorphose 

 LA PASSE

Du manque d’air à l’hère éthique.Beatrice Bioret

Ma cure analytique a pris la forme d’une révolution, d’une torsion qui, du « pauvre hère », a fait surgir « l’hère éthique », celui qui ne manque plus d’air et dont l’éthique est celle de la psychanalyse. C’est depuis cette place d’hérétique que je témoigne de la force d’invention de la psychanalyse alors que l’air du temps recouvre les sujets et leurs symptômes d’un voile chimique.

Mots clés : révolution analytique, éthique, invention, psychanalyse

 LA STRUCTURE

L’émergence du symptôme psychique. (Freud 1895-1905). Collectif   

L’étude systématique des textes de Freud entre 1895 et 1905 nous a permis d’éclairer comment Freud a réussi à se dégager d’une acception du symptôme médical, signe d’un désordre purement organique et biologique, pour inventer le concept inédit de symptôme psychique. La révélation d’une dimension psychique de l’humain, soit l’invention de l’inconscient, ne s’est pas effectuée sans un changement éthique de la position du thérapeute qui a amené au jour un nouveau discours au sens lacanien du terme, le discours de l’analyste.

Mots clé : Symptôme, Freud, inconscient, névrose

 EXTÉRIEURS 

Entretien avec  Wim Delvoye. Catherine Bruno

L’artiste belge Wim Delvoye reçoit la revue PSYCHANALYSE dans son studio à Gand. Au cours de cette rencontre, il déplie la genèse de son œuvre majeure Cloaca, expose les principes qui sont à la base de sa démarche artistique, et nous éclaire sur les processus mêmes de la création.

Mots clefs : Wim Delvoye, cloaca, art, création

 Y ETU ?

Feindre est le propre du poète.

Il feint si complètement

La douleur qu’il ressent vraiment.

Et ceux qui lisent ses écrits

Ressentent sous la douleur lue

Non pas les deux qu’il a connues,

Mais bien la seule qu’ils n’ont pas.

Ainsi, sur ses rails circulaires

Tourne, accaparant la raison,

Ce petit train à ressorts

Qui s’appelle le cœur.

Fernando Pessoa

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PSYCHANALYSE N° 28

Rêver/Fantasmer

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septembre 2013 

LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE

Etre ou exister. Emmanuel Lehoux

Si la jouissance est la volonté du réel à se faire signifier ou la réponse à cette intention du réel, la construction pour chaque sujet de son rapport au langage est traitement de la jouissance. Cela vaut pour tout mode d’assujettissement au langage (névrose, psychose ou perversion). Le symptôme, s’originant du moi réel initial freudien, est ce sur quoi le sujet peut s’appuyer. Mais est-ce la seule voie d’existence ? Dans RSI, Lacan place dans les champs d’existence les jouissances mais aussi le ternaire freudien inhibition, symptôme, angoisse. Il y a donc une existence qui s’appuie sur l’être et pas sans jouissance. A la fin d’une analyse, la traversée du fantasme pour le névrosé ouvre vers l’identification au symptôme. Ceci n’est pas la même chose que de partir de son symptôme pour s’assurer de son existence dans la psychose où le Nom du Père est forclos. D’où le psychotique va-t-il alors pouvoir extraire son désir ?

Mots clefs : jouissance, symptôme, moi réel, objet a, existence

Juliette et la dialectique de la raison chez Adorno et Horkheimer. Karin Adler

Horkheimer et Adorno le disent avant Lacan: le formalisme de la loi morale kantienne avec son exigence d’obéir au devoir de l’apathie, peut de la même façon soutenir la vertu comme l’immoralité, le bien comme le mal. Cependant, selon Horkheimer et Adorno, le formalisme éthique conduit à la réduction de l’homme à un objet manipulable au service de la conservation du sujet. Pour Lacan dans son « Kant avec Sade » en revanche, c’est le bourreau qui se trouve à la place de l’objet.

Mots clefs : Kant, Sade, fantasme, perversion

Traversée du fantasme versus identification au symptôme. Dimitris Sakellariou

Le but de la psychanalyse pour Freud fut d’emblée le déchiffrage du sens (sexuel) chiffré du symptôme délivrant ainsi le message inconscient destiné au sujet (ich) d’où viendrait la guérison attendue. L’expérience analytique mettra en évidence un accrochage paradoxal au symptôme (le sujet ne veut céder sous aucun prétexte à la souffrance (angst). Cela conduira Freud à l’introduction de sa deuxième topique reconnaissant qu’il existe au delà du sens (Sinn) du symptôme une signification (bedeutung) ou plus précisément une référence (Frege), qui renvoie à un nouveau mode de satisfaction de la libido pulsionnelle en rapport avec un réel, dont la réaction thérapeutique négative pourrait constituer le paradigme dans la cure analytique….

Le fantasme dans le rêve. Alain Lacombe

Dans sa conférence N° 7 de l’introduction à la psychanalyse, Freud a cette phrase étonnante : “Avez-vous maintenant le courage d’aborder l’interprétation d’un rêve complet? Par l’analyse de ce rêve, Freud établit que la pulsion est le référent de la réalité psychique du désir, que le fantasme “subjective”.

Mots clefs : Rêve, fantasme, désir, pulsion.

Le retournement du fantasme, et après ? Martine Noël

Ce texte témoigne du parcours analytique de l’auteur, huit ans après l’expérience de la passe. . Il revient tout d’abord sur le retournement du fantasme, le dévoilement de l’objet cause du désir et ses effets cliniques. Il questionne le devenir du fantasme et de la pulsion après la passe. Il se conclut enfin avec des questions sur l’objet a et sur l’identification au symptôme comme suite logique de ce procès.

Mots clefs : passe, retournement du fantasme, pulsion orale, identification au symptôme

Qu’est-ce que rêver ? Pierre Bruno

Bien que cet article se compose et s’appuie d’une recension plutôt complète des références de Freud et de Lacan sur le rêve, références dont il souligne les évolutions, son ambition est décalée par rapport à celle de Freud, qui était de fonder une interprétation probante du rêve. Cet article en effet vise à se tenir au niveau d’une question sous-jacente : en quoi consiste l’activité de rêver? De ce décalage, il tente de s’orienter vers une solution quant à une difficulté restée sans réponse satisfaisante dans la psychanalyse, difficulté qui tourne autour du statut à donner au rêve traumatique et à la question de savoir si l’accomplissement de souhait y a sa part.

Mots-clés: rêve, interprétation, souhait, rêve traumatique.

LA PASSE

Accent tu es. Jacques Marblé

…Or, « ponctuer, c’est accentuer en lisant », comme il est précisé dans Esthétique de la ponctuation : n’est-ce pas ainsi que le désir de l’analyste, à situer pour moi entre signifiant vivant et présence réelle, peut trouver à se loger ? Un zeste d’amour, à condition de se méfier de l’amour du prochain, complétera la recette…

 THÉORIE

La fin du monde. John Holland

Cet article examine certains aspects de l’épistémologie du discours du maître et de sa mutation moderne, le discours capitaliste. La Weltanschauung, la « conception du monde », du maître se base sur l’exclusion du fantasme dans ce discours, exclusion qui établit la primauté du principe de réalité sur le savoir. Le discours capitaliste a la fonction de faire exister un tel monde, mais la forclusion de la castration le rend impossible. Une discussion des travaux de l’école de Chicago montre qu’au sein de ce discours, un tel monde ne cesse pas de ne pas s’écrire.

Mots clés : discours du maître, discours capitaliste, Weltanschauung, conception du monde, principe de réalité, forclusion de la castration, école de Chicago, Gary Becker, Luis Rayo

EN QUESTION(S)

Levinas et Lacan face à l’éclipse du christianisme. Guy Félix Duportail

Il s’agit dans ce texte de comprendre les œuvres de Levinas et de Lacan comme autant de tentatives de réponse à la question de l’éclipse du christianisme. Cette dernière expression désigne l’abandon de la morale objective ordinaire durant l’holocauste des juifs. Mots clés : père -meurtre – répétition -shoah – psychanalyse – intellectualité PAS DE PORTE Soir après soir à l’Abri de nuit d’Ajaccio. Stanislas Deliquiet Le quotidien d’un centre d’hébergement d’urgence pour les sans-abri est une expérience exigeante. L’Abri de nuit à Ajaccio est le lieu d’un bord, plus ou moins poreux, entre inclusion et exclusion sociale, même si exclu (du langage) nul ne l’est vraiment.

Mots clefs : Centre d’hébergement d’urgence, sans-abri, exclusion sociale.

EXTÉRIEURS

De l’« ab-sens » : Lacan et Wittgenstein. Élisabeth Rigal-Granel

Lacan a croisé Wittgenstein, mais il n’a connu que le Tractatus logico-philosophicus, et s’est attaché à ses seuls aspects logiques. Ma contribution poursuit un double objectif : déterminer les attendus du débat que Lacan a engagé avec Wittgenstein sur la question du métalangage ; et établir que l’ineffable wittgensteinien n’est pas stricto sensu un ineffable au sens propre et qu’il présente certaines analogies avec l’« ab-sens » dont parle Lacan dans L’étourdit.

Mots clefs : logique, métalangage, ineffable.

UNE PSYCHANALYSE ?

Un lien qui libère. Véronique Sidoit

Parler de liberté n’est pas chose aisée en psychanalyse, mais c’est pourtant une notion qui est au cœur même de la cure analytique. Un sentiment inédit de liberté s’éprouve lorsque celle-ci est menée à son terme. Il est donc nécessaire de la définir : d’une part, la liberté du sujet de l’inconscient découle de liens préalables, celui du transfert et celui de l’association libre, d’autre part elle touche à ce qui constitue le sujet, c’est-à-dire au langage et au rapport à l’Autre.

Mots-clefs : Liberté, transfert, association libre, sujet de l’inconscient, savoir insu, vérité, jouissance, Autre, langage, lalangue.

Y ETU ?

Theatre should be a taxing experience : the greatest achievement of a writer is to produce a character who creates anxiety.

« Le théâtre doit être une expérience éprouvante : la plus grande réussite d’un écrivain est de créer un personnage qui suscite de l’angoisse. »

Howard Barker .« I don’t care if you listen or not », The Guardian, 1er octobre 2012

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PSYCHANALYSE N° 27.

Les déclinaisons de l’objet a 

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  mai 2013

LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE 

K.A.S . Pierre Bruno

L’objet de ce texte est d’extraire les acquis essentiels de l’article de Lacan « Kant avec Sade » et d’en proposer une lecture qui précise et développe les deux versants du fantasme, statique et dynamique.

Mots clefs : fantasme, objet a, sadisme, kant, Sade.

L’interprétation de l’inconscient. Nicolas Guérin 

Le travail du travail du rêve qui consiste, avec Lacan, dans le passage d’une jouissance à l’inconscient peut être considéré comme une interprétation au sens où l’inconscient interprète et où son interprétation est le rêve. Cette thèse réinterroge non seulement ce qu’est le rêve mais aussi ce qu’est une interprétation et comment s’articulent l’interprétation de l’inconscient et l’interprétation psychanalytique.

Mots clefs :  interprétation, rêve, sens, réel.

Hilda Doolittle : écriture sur le mur. Du symptôme hallucinatoire au sinthome artistique. Michael Meyer zum Wischen 

En 1933 l’écrivaine américaine Hilda Doolittle commença son analyse chez Sigmund Freud à Vienne. Cette cure fut orientée par un événement hallucinatoire vécut en 1920 à Corfou. Il s’agissait d’une écriture sur un mur que Freud fît  lire après coup à son analysante comme un poème. Hilda Doolittle pu alors s’identifier à son écriture poétique : son sinthome.  Au centre de cette écriture se trouvait la lettre S qui fonctionna comme nouage de trois registres R, S, I  pour H.D dont nous examinons les cordonnées. Une lettre isolée permit à Hilda Doolittle de lier les dimensions de la religion, de l’art et de la science présentes dans sa famille mais restées sans nouage pour elle jusqu’à sa cure analytique.

Mots clefs: sinthome, traitement de la  psychose, Freud , Hilda Doolittle

LE CAS 

 Un accident de transfert. Michel Mesclier 

Est-il possible qu’un cas de clinique  contredise la théorie psychanalytique ? Cette question suppose que la psychanalyse entre dans la catégorie des disciplines poppériennes soit qu’elle puisse être réfutable. Nous démontrons dans cet article qu’un tel critère ne peut pas être pertinent.  Cependant, le cas d’une enfant épileptique et psychotique met en défaut la théorie du transfert fondé sur l’analyste en place de semblant. Un évènement réel provoqué dans le corps du praticien par un acting-in du sujet conteste énigmatiquement cette thèse.

Mots clefs : réfutation, épistémologie, transfert, semblant d’objet a, holophrase, paranoïa, surface de Boy.

L’ASSOCIATION

La république de Joyce. Ramon Menendez. 

Dans la communauté analytique, la fonction du symptôme dans la construction du lien social a été largement travaillée. Le thème central de l’article cherche à ouvrir la réflexion autour de l’apport fait par Lacan dans la dernière partie de son enseignement en ce qui concerne la fonction du sinthome dans la logique collective. Après un bref parcours historique, nous abordons la dimension du réel qu’ introduit la solution joycienne, son sinthome, et les effets que celle-ci peut avoir dans la construction du collectif. C’est un exemple parmi d’autres de ce que Lacan appelle la République et qu’un jour il voudrait voir surgir dans la communauté analytique.

Mots clés : logique collective, réel, sinthome, République, psychanalystes, Joyce.

« a »

 C’est pas ç’a

LA LETTRE 

D’une écriture infinie : Kerouac en-Joyce the road.Florence Briolais et Michel Mesclier  

L’œuvre de James  Joyce fut pour Jack Kerouac à la fois une référence et une source d’inspiration. Serait‐ce par analogie de structure, du fait d’un nouage subjectif fautif d’un lapsus ?Dans cet article sera montré que ce nouage est comparable à celui que Lacan problématisa chez Joyce : un imaginaire désarrimé de l’articulation Symbolique –Réel.

Mots clefs : lalangue, schizophrénie, double, suppléance, nodologie, épiphanie, sinthome. 

PAS DE PORTE 

 La poupée mise à nu par ses célibataires. Christian Fierens 

La « poupée » tient lieu d’objet de satisfaction procuré par une science toute-puissante. Mais elle est sans voix et sans désir. Le problème serait de pouvoir lui greffer la dimension de la parole et avec elle du désir. Cette greffe n’est pas possible en raison de l’incompatibilité de l’objet cause du désir avec l’objet satisfaisant. Le concept oxymorique des « poupées qui parlent » est introduit par Jacques Nassif par la lecture d’une série de grands écrivains. Il permet de penser la division du sujet à nouveaux frais; il éclaire le processus de l’analyse, l’objet a, la fonction et la fiction du phallus, la place du transfert et de la voix.

Mots clefs : voix, phallus, fantôme, golem, mandragore, transfert, mort. 

« Tombé hors du temps ». Laurence Poutet 

Comment faire face à la perte incommensurable d’un être cher ? Comment retrouver le chemin de la vie sans se  trahir ni trahir l’amour ?  Tombé hors du temps, ce chant d’espoir  funèbre est la réponse singulière de l’écrivain David Grossman.

Mots clefs : deuil, perte, écriture

EXTÉRIEURS 

Un temps si humain. Charles Casanova 

En Sciences humaines, depuis l’antiquité,  le « temps » est questionné :  substance ou relation? « cours du temps », » flèche du temps« , est-ce pareil? Le « temps », signe de notre présence au monde ?

En Sciences physiques, la notion de temps évolue : l’espace et le temps sont absolus avec Newton ; relatifs avec Einstein et la géométrie de l’Espace-Temps ; avec la Mécanique quantique consacrée à l’étude du « monde » sub-atomique, la variable temps devient non nécessaire et dans l’étude de systèmes macroscopiques constitués d’un nombre immense d’éléments sub-atomiques, naît  l’hypothèse de l’émergence d’un « temps thermique », ceci en liaison avec l’irréversibilité des phénomènes naturels. On retrouve, là, l’humain: « phénomène » vivant et conscient de son irréversibilité !

Mots clefs :    temps  et espace absolus ;     espace et temps relatifs ;  variable temps inutile ; mécanique quantique.  temps thermique. 

UNE PSYCHANALYSE ?

Sortir de la débilité…Marie-Jean Sauret 

Est-il possible de faire un autre usage que débile du savoir si le discours analytique n’existe pas ? Sans doute la cure, rectification subjective aidant, permet à l’analysant de « lire entre les lignes » ce qui ne saurait que s’y mi-dire. Encore faut-il que l’analyste se prête au jeu et s’efface derrière le bout de réel avec lequel le sujet a rendez-vous. Fin de la débilité ? Pas encore : il semble qu’il faille encore s’expliquer sur cette découverte et que quelques autres consentent à écouter. Le dispositif de la passe semble prendre acte de ce simple fait : on ne sort pas de la débilité tout seul.

Mots clefs : débilité, discours, Ecole, logique collective, savoir, transmission.

Y ETU ?

Objet a (psych.) : laisse bouche b.

F. Matton et M. Potte-Bonneville, Dictionnerfs, éditions Le bleu du ciel, 2012.

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PSYCHANALYSE N°26

Le savoir du psychanalyste :

logique collective ; de la jouissance à l’inconscient ; fins de cure.     

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  janvier 2013

 LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE 

Malédiction (Sur le fétichisme).Anne Le Bihan.

Le fétichisme, paradigme de la perversion pour Freud, a eu une valeur euristique particulière pour la psychanalyse. Il n’est pas seulement réponse, mais aussi exercice d’une question ; le sujet pervers n’est pas sans symptôme. Le sujet fétichiste se soutient d’un désir « glorieux », c’est-à-dire instable, précaire, toujours menacé de choir. Le rapport de l’écrivain André Gide à la lettre et aux Lettres, étudié par Lacan, est ici à nouveau interrogé ; il apporte une contribution supplémentaire à l’étude du fétichisme.

Mots clefs : perversion, fétichisme, phallus, désir, lettre

Passeurs de mémoires. Véronique Sidoit. 

En quoi l’art peut-il faire mémoire et permettre la réappropriation du passé ? Comment art et mémoire peuvent-ils s’articuler pour faire œuvre de réhumanisation ? Pour traiter ces questions, nous nous appuierons sur l’histoire du Cambodge sous le régime des Khmers rouges. Attaques contre la langue, désubjectivation et démétaphorisation des signifiants, du discours, aliénation à de nouveaux mots sont des leviers utilisés dans le processus de déshumanisation. L’art, la création participent du traitement de l’indicible, de l’irreprésentable, permettant l’expression d’un espace subjectif à même de lutter contre l’effacement et de faire nouage entre mémoire individuelle et mémoire collective.

Mots clefs : Cambodge, réel, déshumanisation, désubjectivation, art, création, mémoire 

THÉORIE 

L’instance de la lettre pour l’Homme aux loups. Éric Bordas. 

Le rêve d’une Wespe et un lapsus, Espe, rapporté par l’Homme aux loups dans sa cure avec S. Freud, nous permettent, en nous référant à l’instance de la lettre de Jacques Lacan, de lire ce lapsus, à partir de l’élision de la lettre W, comme le chiffrage de ce que l’Homme aux loups n’a pu reconnaître dans son analyse.

Mots clefs : lettre, chiffrer, translitérer, Wespe, Wolf Man

Le père et la censure dans un rêve absurde de Freud.De quel père s’agit-il ? Panos Papathéodorou.

Dans toute la Traumdeutung, Freud traite la déformation du rêve en termes d’un Wunsch censuré. L’analyse de ce rêve particulier a le mérite de nous enseigner sur une autre dimension de la censure qui de plus excède sa fonction habituelle. L’apparition du père mort dans le contenu manifeste de ce rêve de Freud est un faux semblant qui a partie lié au défaut du père et à sa jouissance. Il s’agit d’un interdit qui porte sur le savoir et le sexuel.

Mots clefs : censure, père réel, savoir, défaut du père, sexuel, transfert, symptôme, fantasme 

ASSISES II 

La logique collective. Mettre à l’épreuve l’intransmissibilité de la psychanalyse. 

Les « Assises II du savoir du psychanalyste » comportent un volet « Logique collective ». Les organisateurs ont fait le choix de travailler plus particulièrement la question de l’intransmissibilité de la psychanalyse. Nous présentons ici l’interview réalisée avec Annie Castille et Nancy Katan-Barwell, organisatrices de cette partie.

Mots clefs : assises, psychanalyse, logique collective, intransmissibilité, savoir

De la jouissance à l’inconscient. « Un sacré déplacement ». 

Cet axe des Assises II sur « Le savoir du psychanalyste » se propose de déplier les conséquences de cette phrase de Lacan à propos du rêve : « Faire passer la jouissance à l’inconscient, c’est-à-dire à la comptabilité, c’est en effet un sacré déplacement. »

Mots clefs : jouissance, inconscient, rêve, Nom-du-Père, symptôme, sinthome 

Fins de cure. Faut que ça se finisse ! 

Cet axe, qui fait suite au travail sur la passe dans les Assises I, pose qu’il n’y a pas de fin de cure type. S’agit-il de sortie ? De fin ? De conclusion ? Toutes interrogent la question du transfert et ce qu’il en advient à ce qui fait terme de son analyse pour un sujet. Il s’agit pour lui de toucher au réel qui l’inscrit dans sa singularité, dans le monde, et qu’il éprouve au plus intime de sa position.

Mots clefs : sortie, fin, conclusion, transfert, amour, réel, singularité

LA LETTRE 

Le renom de l’artiste. Sylvianne Cordonnier. 

Le roman Madame Bovary nous éclaire, il y suffit de sa première page, sur l’acte de nomination. L’évènement d’écriture nouveau, broderie qui fait nœud sur un parement, est indissociable de l’avènement de l’artiste dans un renouvellement de l’acte dont s’origine le sujet. Le nom sinthomatique fait trace de ce nœud et l’effet d’accueil à l’œuvre doit authentifier un sujet de l’énonciation accordé à ce nom. D’être « pohète », Gustave Flaubert introduit une différence décisive entre la versification et la poésie telle que la définira Jacques Lacan et acquiert ainsi sa renommée.

Mots clefs : écriture, nomination, nom de sinthome

EN QUESTION(S) 

L’époque et le sujet. Regnier Pirard

Nous cherchons à préciser les conditions requises pour pouvoir penser, et non seulement décrire, les changements observables dans la clinique contemporaine. Nous tentons de surmonter la dichotomie de la structure et du phénomène, où le débat entre certains lacaniens semble s’être enlisé. Une conception dialectique du processus de subjectivation est ici mise en œuvre, selon laquelle le sujet est une contradiction productive, qui révèle sa profonde historicité. Nous terminons en esquissant dans cette perspective une lecture des discours selon Lacan.

Mots clefs : sujet, subjectivité, dialectique, discours

L’articulation du singulier et du « vivre ensemble », encore…Entre orthodoxie et hérésie, « l’humus humain ». Marie-Jean Sauret. 

Nous proposons de situer l’article de Régnier Pirard dans le cadre de la discussion sur la dimension historique ou non de l’articulation du sujet et du lien social. Névrosés, psychotiques et pervers contemporains témoignent après tout d’une « adaptation » non pas transhistorique mais prenant appui sur les caractéristiques de notre « vivre ensemble ». Et nous considérons comme « humusien » non pas ceux qui soutiennent cette position, mais ceux qui contribuent au débat autour du réel qui divise les uns et les autres.

Mots clefs : dispositif, hérésie, histoire, lien social, « humus humain » 

UNE PSYCHANALYSE ?

Une psychanalyse est une rencontre d’amour. Sabine Callegari. 

Qu’est-ce qui, du côté de l’analyste, répond à l’amour de transfert qu’engage un analysant dans la cure ? On peut parler de l’amour de l’analyste, mais pas en tant que « contre-transfert », qui serait duel et symétrique au transfert : en tant que lien d’abnégation dont l’écart avec un lien d’ordre amoureux est maintenu par le désir de l’analyste.

Mots clefs : amour de transfert, contre-transfert, amour de l’analyste, désir de l’analyste

 Y ETU ?

L’oubli de la source trouble

toute l’eau de la source.

 Gabriel Okoundji.


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PSYCHANALYSE N°25

Paroles imposées, catharsis, logique collective, décoinçage

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 septembre 2012

LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE 

Le sourire d’une femme. Une cure et sa conclusion. Marie-Claire Terrier.

« Je suis comme mon père, je n’ai pas eu de mère », énoncé que je m’entends dire dans la question que me pose alors l’analyste, « vous n’avez pas eu de mère ? », ce dès la première ou deuxième séance. Aujourd’hui encore je n’en reviens pas de l’avoir dit. Mais où donc ai-je été cherché ça, qui est un pur mensonge et que j’énonce là avec conviction, comme une vérité ? Ce sera le fil rouge tout au long de mon analyse jusqu’à ce que je le coupe. Dire particulièrement énigmatique où, à cet instant, à mon insu, un savoir que je ne sais pas me présentifie l’objet a que je suis dans mon fantasme, une enfant qui n’a pas eu de mère…

Paroles imposées. Bibiana Morales

La leçon du séminaire Le sinthome du mardi 17 février 1976 est dédiée à la question des paroles imposées, à partir de l’enseignement d’une des présentations de malades. Le vendredi 13 février 1976 eut lieu la présentation qui a permis à Lacan de parler des paroles imposées, dans le cadre du séminaire sur Joyce. Il s’agit donc d’un enseignement qui nous apprend la manière dont Lacan se laissait enseigner par le sujet. Lacan met en rapport cette présentation et ce séminaire sur Joyce sous la forme d’une suite logique entre l’une et l’autre…

La catharsis : une pérégrination consentie. Patricia León

La mise en place de la réalité de l »inconscient par le théâtre est une expérience de dévoilement. Le théâtre, au-delà d’un message à déchiffrer, nous fait vivre par une décantation de plans, par un détournement inscrit dans la forme qui lui est propre, la confrontation avec l’énigme de notre désir. Franchir cette limite pour toucher ce point où le désir se révèle comme réponse aux limites que le réel impose au sens, c’est traverser la zone de l’entre deux morts et cerner l’éthique de la psychanalyse.

Mots-clés : Catharsis, dévoilement, entre deux, désir, errance

LA PASSE

Quelques questions à partir de l’expérience de passeur à l’APJL. Bénédicte d’Yvoire

Pour entendre le témoignage du passant, il est nécessaire de mettre en veilleuse sa subjectivité. Mais faire l’expérience d’être passeur eut des effets subjectifs importants. Il ne m’a donc pas été très facile de trouver le registre juste pour en rendre compte. Je m’intéresserai d’abord à la fonction de la passe, ensuite à certains de ses effets…

LA LOGIQUE COLLECTIVE

Logique : du subjectif au collectif ? Élisabeth Rigal  

L’Association de psychanalyse Jacques Lacan a inscrit « la logique collective » comme un des thèmes de ses prochaines assises sur le savoir du psychanalyste. Je pose l’hypothèse en me référant à Jacques Lacan que le collectif n’est pas le groupe. Le groupe a fait l’objet d’un certain nombre de travaux, il est décrit dans ses caractéristiques, son fonctionnement, ses effets. Dans « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée 1 », Jacques Lacan mentionne pour la première fois (1945) l’expression de logique collective. Ce texte montre d’évidence qu’il situe la question du collectif comme primordiale par rapport à celle du groupe…

Logique collective ? Un rapport véridique au réel. Thérèse Charrier

Qu’est-ce qu’on entend par logique collective ? L’utilisation de cette référence à Lacan devenant confuse pour moi, je suis retournée aux textes. L’expression « logique collective » n’apparaît que deux fois dans son œuvre, dans deux textes publiés dans l’après-guerre …

Logique collective et fonctionnement. Brigitte Gallot-Lavallée

Pour traiter la question de la logique collective, je proposerai de reconsidérer encore et encore le fonctionnement et de retenir au titre de fonctionnement les trois inventions actuelles de la psychanalyse – et seulement elles : la cure, la passe et le cartel ; à l’exclusion donc de l’association, des séminaires et autres assemblées. Si je ne retiens que ces trois, c’est à partir de l’interprétation que je fais du fameux énoncé de Lacan, en tant qu’il est prononcé dans le temps de la dissolution, dans le temps de l’acte, dans le temps où il se sépare des personnes, mais où il est prêt à reprendre du fonctionnement avec ceux qui le voudront : « Je n’attends rien des personnes et quelque chose du fonctionnement » ….

Ou l’incomplétude, ou l’inconsistance. Jacques Podlejski

L’histoire du mouvement analytique, depuis l’excommunication de Lacan puis la dissolution de son école, m’a souvent fait penser à l’histoire politique des Balkans et à l’éclatement récent de la Fédération yougoslave, avec ses épurations et ses sécessions, dans une analogie où mobilisation transférentielle et revendication de légitimité doctrinale tiendraient lieu de référence linguistique, ethnique ou religieuse. Mais c’est une nouvelle, tombée au début du mois de décembre 2011, qui m’y a ramené. En effet, un important accord diplomatique a été alors conclu sous l’égide de l’Union européenne entre Serbes et Kosovars. Aux termes de cet accord, il est convenu que des représentants des deux parties géreront ensemble les points de passage entre leurs territoires respectifs. Le point d’achoppement tenait au fait que, la Serbie ne reconnaissant pas le Kosovo comme entité indépendante, elle ne peut pas non plus reconnaître l’existence de frontières avec des territoires qu’elle considère internes à elle-même…..

THÉORIE

Contiguïté des jouissances et travail de l’inconscient. Nicolas Guérin.

Je compte aujourd’hui organiser un ensemble d’interrogations et de remarques centrées sur la première question de l’argument rédigé par Pierre Bruno, Sophie Duportail et Laure Thibaudeau et diffusé sur les listes électroniques de l’APJL le 6 décembre 2011 : y a-t-il une jouissance primaire en deçà de la jouissance phallique ? Je me suis d’emblée demandé d’où venait cette question. Pourquoi est-elle posée (elle n’était pas mentionnée lors de la préparation des Assises I) ? Mais aussi quelles en sont les conséquences cliniques et pratiques ? Je laisserai pour le moment en suspens ce dernier point sur la clinique et la pratique. Cette question donc sur le rapport entre une jouissance phallique et une jouissance non phallique se noue à d’autres problématiques citées dans l’argument susdit, comme celle du rapport de subordination ou la disparité entre le sinthome et le Nom -du- Père, ou encore ….

La douleur dénomme. Jacques Marblé

« Comme l’a dit un philosophe pour lequel j’ai le plus grand respect, la terminologie est le moment poétique de la pensée 1. » Agamben exprime ainsi son admiration pour un philosophe inconnu et pour la terminologie. Ensemble des termes propres à une science, la terminologie est proche de la nomination, qui consiste à donner un nom : elle lui succède en l’occurrence quand il s’agit de faire corpus scientifique. La psychanalyse en tant que nouvelle science a inventé ses noms avant de constituer sa terminologie. La douleur remet particulièrement en question cette articulation, elle l’actualise même au cas par cas lorsque chaque douleur physique oblige le sujet qui en souffre à inventer …

QUESTION(S)

Secousses passionnelles sur les rives du sevrage maternel.Luminitza Claude pierre Tigirlas

Trois lettres de son prénom en plus d’un gène isolé de son sang et voilà qu’Eduardo Kac expose son œuvre – sa progéniture ou son double végétal ? – qu’il appelle Edunia. Le gène de l’artiste américain du bio-art produit une protéine exclusivement dans le réseau veineux d’un pétunia qu’il a subvertie afin d’obtenir une nouvelle forme de vie. Quels mots accompagnent le geste d’Eduardo Kac de concevoir un être qu’on dirait à la fois fleur et humain ? Quelle serait sa portée symbolique ? L’association courante entre la recherche par génie génétique et la monstruosité l’amène à mettre en exergue le fait que certaines séquences du génome humain proviennent de virus ou de bactéries. Conclure que l’homme est transgénique autorise Eduardo Kac à affirmer que « les monstres, c’est nous ». Il prône aussi une poésie hors métaphore….

UNE PSYCHANALYSE ?

Une psychanalyse n’est pas un autoportrait. Isabelle Morin

Une psychanalyse est possible quand l’analysant ne dit plus à son analyste comment il se voit, ni comment il imagine qu’on le voit : « Je suis comme ci » ou « je suis comme ça », ou encore « on dit que je suis comme ceci ou comme cela ». On entend certains analysants annoncer comme programme à leur début « je veux être en accord avec moi-même » ou « je veux être moi ». Pour ne pas les décourager d’emblée, nous nous abstenons parfois de leur faire remarquer qu’être en accord avec « moi-même » est impossible parce que je ne suis pas moi. Le processus analytique nécessite que l’analysant repère qu’il n’est pas celui qu’il croyait être, qu’il n’est pas non plus celui dont il parle parce qu’il y a ….

EXTÉRIEURS

Décoinçage. Pierre Bruno 

Il est peu probable que la psychanalyse soit élastique au point de fournir le scaphandre qui conviendrait pour protéger la civilisation (Kultur dans la langue de Freud) de son malaise. Pour annoncer la couleur, disons plutôt qu’il s’agit de faire de ce malaise un symptôme, non pour l’éradiquer, mais pour s’en saisir comme d’un vecteur capable de transformer le passé, afin d’émanciper le présent de la dette incluse dans le fait d’avoir commencé à parler. Le symptôme, dès lors qu’interprété, ne disparaît pas, il devient insurrectionnel. Pour poser efficacement ce qu’il en est de ce recours, nous pouvons partir de ce que trois ancêtres, tout à fait méconnus, de Freud, Paul de Tarse, François de Sales et Fénelon, ont énoncé sous l’expression « supposition impossible » : que Dieu existe et qu’il me maudisse même (et surtout ?) si je me voue à l’aimer absolument. Ces trois audacieux ne reculent pas devant cette éventualité, moins impossible donc qu’il n’est dit, en répondant par un : je l’aimerais quand même. Ce « quand même » résonne chez Freud dans la seule injonction reconnue par l’analyste s’adressant à l’analysant : « Dites quand même. » Ce « quand même » en effet…

Y ETU ?

« Le jour où je suis né,

ma vie changea du tout au tout. »

David Grossman, Femme fuyant l’annonce.

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PSYCHANALYSE N°24

Le rêve, exclusion interne, l’autisme, le père et ses noms

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 mai 2012

LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE  

L’amont du rêve. Pierre Bruno

Je ne suis pas mécontent de n’avoir qu’un temps limité, dans la mesure où cette contrainte m’obligera à vous exposer une épure de ce que j’entends vous faire part. Cette épure, je l’initie avec l’énoncé d’une question : qu’est-ce que nous pouvons apprendre de Finnegans Wake qui ait des conséquences sur le savoir psychanalytique ayant trait au rêve ? Ce roman, Finnegans Wake, nous conduit-il à amender la Traumdeutung de Freud ? Pour d’emblée renoncer au suspens, je répondrai oui, ce « oui » qui est aussi le dernier mot d’Ulysse.

L’exclusion interne. Isabelle Morin

Dans ma précédente intervention concernant la cure de l’Homme aux rats, j’avais interrogé la façon dont le réel pouvait résonner dans le symbolique pour qu’une extraction conduise le sujet à se reconnaître dans son symptôme. Aujourd’hui, je poursuis à partir d’un renversement préalablement nécessaire pour ouvrir vers une fin d’analyse.

Un labyrinthe imparfait. Florence Briolais

Il faut tout d’abord en repérer l’entrée comme le fit Freud dès la première rencontre avec ce patient lui apprenant à quel degré d’intensité il avait joui, enfant, de sa trop grande proximité avec les femmes, jusqu’à pouvoir palper les organes génitaux de Mlle Rudolf, sa gouvernante. Un labyrinthe où l’on entre par la jouissance en excès. Comment aurait-il pu en sortir ? Tel sera l’enjeu de mon intervention. Et j’avancerai deux hypothèses : le labyrinthe imparfait est le modèle de l’espace subjectif de Ernst Länzer arrivant chez Freud ; et un traitement plus poussé de sa névrose lui aurait permis de trouver la sortie de ce dédale et de changer d’espace subjectif.

Une grotte qui sent l’ours(e) ? Catherine Bruno

Chez les lapons, le mythe fondateur du culte de l’ours, qui était encore pratiqué en Laponie avant que le renne ne le supplante, est un mythe qui met en scène la féminisation de l’ours. L’auteure s’appuie sur son analyse pour reprendre pas à pas le mythe freudien du Père de la horde et tenter ainsi de repérer ce qui vient à les différencier et quelles questions psychanalytiques ces différences peuvent poser. Contrairement au mythe freudien, l’humanisation naît de l’union d’un ours et d’une femme, une union qui pour avoir cet effet doit aboutir à la mort de l’Ours. C’est l’intervention d’une femme par son mariage avec un animal qui permet de générer l’humanité avec la naissance d’un premier fils, qui justement parce qu’il ne tue pas son père, devient humain. L’auteure avance que le partenaire bestial n’est pas un être de jouissance, mais bien plutôt celui qui introduit à la castration.

Mots clés / féminisation, jouissance, castration, mythe, père de la horde

BÉVUE

L’autisme : vers une science au service de l’idéologie ?Ramon Menendez

Des décisions politiques récentes en France semblent aller dans le sens de promouvoir les techniques éducatives et comportementales dans la prise en charge des autistes. Cela se fait en opposition à la psychanalyse et au nom des progrès de la science. L’article décrit les aspects idéologiques et politiques du travail de Eric Schopler, connu pour avoir créé le programme TEACCH dans la prise en charge des enfants autistes et souvent cité comme modèle à suivre. Schopler a mis l’accent sur un travail avec leurs parents. Sans trop se soucier de la dimension subjective des enfants, il organise un réseau de parents d’autistes et fait pression sur les législateurs pour obtenir la reconnaissance de l’autisme en tant que handicap et pour le développement de sa technique pour en faire un programme d’Etat en Caroline du Nord (USA). Les aspects cliniques et scientifiques de son travail ne sont pas d’une grande rigueur.

Mots clés : Autisme, psychanalyse, TEACCH, science, idéologie

LE CAS 

Une conclusion inédite. Christian Cros

En prenant appui sur l’atelier de Toulouse, centré sur les conclusions des cures, je vais dégager, à partir d’un cas clinique, la question de savoir si une articulation peut s’élaborer entre ce que j’appellerai les points de convergences cliniques, qui ramassent ce cas, et la sortie telle qu’elle s’est effectuée. C’est donc une construction que je vous propose, basée sur l’axe qui constitue le cœur de l’expérience subjective de cette femme que j’ai rencontrée, durant treize ans, à un rythme régulier avec une assiduité sans faille.

Un sinthome à la lettre. Sylvianne Cordonnier

« Tu es bon pour l’HP. » Comment V., jeune sujet psychotique, se prend à l’offre de la psychanalyse pour faire du diktat maternel sinthome en en inversant les lettres : « Je serai PH, Professeur d’Histoire. » « J’ai fait un délire paranoïaque mais c’est fini et j’ai 18 ans. » Sur ces mots, le jour de son anniversaire, V. mettra fin à nos rencontres au centre de consultation où il venait régulièrement me rencontrer depuis l’âge de 15 ans. 

LA PASSE 

(Je)u de dupes. Slavka Balat

La rédaction de cet écrit fait suite à ma passe, à ma nomination en tant que AE de l’APJL, mais aussi à une première tentative publique d’élaboration 1. Il a été remanié à maintes reprises au fil du temps de l’écriture, jusqu’à (et à partir de) son point d’arrêt – le point révélant la prise dans ma propre duperie. Il est donc un témoignage partiel des métamorphoses de l’écrit par ce que le cours de l’écriture elle-même – et la confrontation au public – met au jour.

L’expérience de la passe. Secrétariat de la passe

Un secrétariat de la passe peut-il transmettre quelque chose de son expérience ? Nous avons soumis cette question aux membres de l’Association de psychanalyse Jacques Lacan parce qu’elle n’est pas d’usage. Généralement, on situe la transmission du côté des cartels et des passants, plutôt analystes de l’École (AE) d’ailleurs. Le secrétariat, en général, est silencieux.

THÉORIE 

Pile ou face. José Guinart 

Dans son séminaire sur « La lettre volée », dans l’année du séminaire Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Lacan introduit le jeu de pair et impair, utilisant comme représentation du réel l’aléa qui se manifeste dans une série de « + » et de « – » correspondant au tirage du jeu de « pile ou face », l’un ou l’autre. Ce jeu, Lacan l’évoquera aussi dans D’un autre à l’Autre pour le désigner comme en parlait Pascal : « croix ou pile ». Ce « croix ou pile », c’est le réel absolu qui « est précisément quelque chose qui est défini, que nous ne pouvons savoir ni s’il est ni ce qu’il est ». Nous allons nous intéresser à ce jeu avant d’évoquer les parties intersubjectives de pair et impair.

LA STRUCTURE

Le père et ses noms (8e et dernière partie)

Le tore du père ? En novembre 1974, au septième congrès de l’École freudienne de Paris, Lacan prononce à Rome une conférence qui marque, juste avant le début du séminaire R.S.I., un tournant. On peut, sous réserve du développement qui va suivre, caractériser ainsi ce tournant : le questionnement du Nom-du-Père, dans sa parenté avec la réalité religieuse, est un questionnement corollaire sur les Noms-du-Père qui aboutira à mettre (ou remettre) au premier plan ce qu’il en est de la nomination, ou plutôt des nominations. Sans l’élucidation de ce tournant, il serait vain ou du moins très aléatoire de vouloir accéder à l’intelligence du séminaire sur Joyce.


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