PSYCHANALYSE YETU n°47

BARBARIE ET PSYCHANALYSE

1re de couverture.psd 47

BARBARIE ET PSYCHANALYSE
Le barbare, le sauvage et le sublime.  Isabelle Morin

Résumé

Ce travail tente d’éclairer comment certains créateurs ne craignent pas faire de résonner l’horreur et la barbarie jusqu’au sublime. Franchir la barrière du beau ouvre au sublime. Ce franchissement nous met en contact avec notre part barbare.

Mots clés : beau, sublime barbare, chose, franchissement.

« Qu’ai-je donc fait pour être traité avec cette barbarie ? »  Jessie Cohen

Résumé

L’objet de ce texte est de montrer en quoi les schémas I et II du fantasme sadien (Kant avec Sade) sont à concevoir comme une écriture en mouvement à travers la biographie de Sade, en spécifiant en quoi la place de sa belle-mère, Mme de Montreuil, est, avant d’être à la place de cette volonté de jouissance (schéma II), celle du partenaire de Sade dans son désir pervers (schéma I).

Mots clés : Sade, fantasme sadien, volonté de jouissance, partenaire du pervers.

L’envers de la civilisation.  Sidi Askofaré

Résumé

La barbarie s’inscrit comme l’envers de la civilisation, voire comme son réel. La mise en tension des positions de T. Mann et de N. Elias, d’Aimé Césaire et de Lacan permettent à l’auteur d’extraire trois types de barbarie. Pour la psychanalyse,  il s’agit  d’un retour de jouissance, jouissance de l’A(a)utre, inassimilable, mais aussi la mienne, celle à moi-même, ignorée.

Mots clés : Barbarie, colonialisme, capitalisme, science, jouissance.

Les dernières technologies de l’effacement.  Yann Diener

Résumé

Parmi les technologies qui alimentent la passion de l’ignorance et qui blindent le sujet contre sa division, on peut compter différents dispositifs qui utilisent le courant électrique : les traitements par électrochocs, qui aboutissent à une perte de la mémoire, et les ordinateurs, qui permettent un effacement par saturation de la mémoire.

Mots clés : électrochocs, courants électriques, mémoire, connexion, discours capitaliste, effacement.

Walter Benjamin – la barbarie positive : pour une pratique révolutionnaire dans l’art, l’histoire et la politique. Christine Schmider

Résumé

« Il n’est pas de témoignage de culture qui ne soit en même temps un témoignage de la barbarie ». Cette épitaphe inscrite sur la tombe de Walter Benjamin pourrait figurer comme devise de la pensée du philosophe et critique allemand. En développant une esthétique et une historiographie révolutionnaires, basées sur la destruction de concepts devenus obsolètes, Benjamin agit comme le « Caractère destructeur » qu’il décrit dans son essai de 1931: Il brosse l’histoire à rebrousse-poil et contre la barbarie nazie par une barbarie positive qui fait table-rase d’une esthétique traditionnelle pour mieux « recommencer à zéro ».

Mots clés : Walter Benjamin, barbarie, fantasmagorie, XIXè siècle, rêve, destruction, allégorie, histoire, expérience.

« Années sida », années barbares. Thibault Boulvain

Résumé

Saisies par l’événement sida, ses représentations, dans les années 1980-1990, ont catalysé ce qui travaillait alors les sociétés, et d’abord le pire d’elles-mêmes, qui se défoulait dans un espace social abîmé par la crise. Il faut les regarder sous cet angle, et comme des forces de résistance opposées aux « années barbares », des manifestations de la volonté de ne rien céder, de sortir d’une situation bloquée.

Mots clés : Sida, crise, art, catharsis, résistance, violence.

L’essence de la création. Giacometti. Dina Germanos Besson

Résumé

Giacometti est artiste en cela qu’il tente de faire coïncider l’objet avec sa vision, tâche impossible qui signe sa sortie de la sculpture. Cet article tente d’analyser l’essence de la création qui vise l’origine, transformant cette recherche en « chose commençante » et qui est de l’ordre du « non-réalisé ». Cette impossibilité conduira Giacometti à se complaire dans l’inachevé, ou plutôt l’inachevant (C. Bonnefoi), intégrant dans son acte même l’idée de sa fabrication et de sa ruine.

Mots clés : Giacometti, création, l’impossible, ruine, l’inachevant, objet a.

L’ESSAI MINEUR
Refonder la barbarie. Marie-Jean Sauret

Résumé

De la grotte préhistorique à notre époque, la barbarie traverse l’histoire. Est-il inéluctable que la jouissance de la destruction l’emporte sur sa fonction dans la création et le renouvellement du lien social ? »

Mots clés : Auschwitz, Discours Capitaliste, Histoire, pulsion, Révolution Française, symptôme, Terreur.

LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE
L’expérience esthétique et l’approche du réel. Luz Zapata

Résumé

Cet article interroge la fonction de l’expérience esthétique dans le champ de la psychanalyse. Partant de l’expérience des artistes, l’auteure explore les points de rencontre esthétique dans sa propre analyse afin d’en tirer les enseignements concernant l’accueil de la contingence. Les liens entre expérience esthétique, expérience analytique et création sont explorés et permettent d’avancer l’idée que l’expérience esthétique participe du nouage du réel, du symbolique et de l’imaginaire, son avènement dévoilant un réel et signalant la possibilité d’un retournement, d’un moment de subversion du sujet.

Mots clés : esthétique, réel, création, subversion, psychanalyse.

LA STRUCTURE
Symptôme et sinthome, 9e partie. Lacan, 1964-1967. Rédigé par Fabienne Guillen

Résumé

Nous continuons à suivre à la trace comment l’invention par Lacan de l’objet a vient renouveler l’approche du symptôme et de son interprétation. Au-delà de toutes les significations que mobilise un symptôme, il se présente avant tout comme une commémoration infinie de la rencontre manquée du sujet avec le réel qui se dérobe. Le symptôme se présente comme un joint entre les deux bords divergents de l’être du sujet : être-de-savoir et être de vérité. Mais au-delà du vrai, Lacan commence à interroger le symptôme comme la conséquence d’un réel.

Mots-clés : symptôme, savoir, vérité, cause, jouissance.

PAGE NOIRE
Produire des cadavres et abolir le sujet. Les « faux positifs » en Colombie. Mario Bernardo Figueroa Muñoz

Résumé

La rencontre avec le réel, au sens du tuché, produit la destitution du sujet ou son abolition. C’est la réduction absolue à la condition d’objet plus de jouissance, à la dépouille mortelle, véritable et dernier trésor d’exploitation. Le cas des soi-disant « faux positifs » en Colombie – assassiner des civils pour les faire passer pour des guérilleros tués au combat – en est l’expression maximale.

Mots clés : Destitution du sujet, Abolition du sujet, Faux positifs, Angoisse, Plus-de-jouir.

Y ETU

Et maintenant qu’allons-nous devenir, sans barbares.
Ces gens-là, en un sens, apportaient une solution.

Constantin Cavafis, « En attendant les barbares », dans En attendant les barbares et autres poèmes, Paris, Gallimard, 2018 (2003)