Archives pour la catégorie Non classé

PSYCHANALYSE N°21

Névrose obsessionnelle. Psychanalyse en Syrie.

Le manifeste pour la psychanalyse. La fin   

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mai 2011

THÉORIE 

Les « loupés » de l’homme aux loups. Marie-Jean Sauret 

Sous cet intitulé, je me propose de poursuivre le débat qui se développe sur le fait de savoir s’il y a ou non « quelque chose » de « raté » ou de « loupé » dans le fonctionnement subjectif de notre contemporain, « quelque chose » qui nous conduirait à incriminer le lien social de notre époque. La position subjective respectivement adoptée par l’Homme aux loups et l’Homme aux rats fait-elle d’eux nos…

L’homme, entre loup et rat. Pierre Bruno 

Cette névrose pose au premier chef l’exigence de transcender le sens, en permettant à l’amour (et non au désir) de s’adresser au savoir. Dans l’« Introduction à l’édition allemande des Écrits » (1973), Lacan indique bien que cet amour est une illusion, au sens où il n’y a pas, au final, noces de l’amour et du savoir, mais il insiste sur ceci que cet amour revêt, dans la cure, une forme inconnue par…

DAMAS

À l’automne 2010, s’est tenu à Damas, à l’initiative de Rafah Nached et de moi-même, un colloque intitulé « Le féminin dans l’expérience mystique et la psychanalyse ». Pendant trois jours, deux cents personnes ont assisté et participé à ce qu’il faut bien qualifier d’événement dans le monde arabe. Psychanalyse a décidé de publier ensemble les textes présentés par nos collègues syriens dans ce colloque,…

Introduction : « dire l’indicible ». Rafah Nached 

Cette rencontre aujourd’hui à Damas même, avec tout ce que représente cette ville au niveau historique et culturel, est une rencontre pour dire l’indicible. L’indi­cible pour nous, psychanalystes à Damas, c’est le spécifique, ce qui nous fait différents et pourtant aussi semblables à l’autre. Notre expérience s’exprime à travers la parole. C’est une parole qui change et qui transforme la vie de l’être,…

La femme sacrifiée et l’inhibition du désir. Rana Sayyah 

Malika a 37 ans. Elle m’a été adressée par une organisation humanitaire qui l’avait accueillie à la suite de la guerre dans son pays. Malika et sa famille ont été exposées à une série d’événements qui les ont traumatisées : à la suite d’un accident, le père de Malika devint invalide ; puis un membre de sa famille fut enlevé ; elle-même fut victime d’une agression sexuelle à la suite de laquelle elle…

La femme : le traumatisme et le désir. Mouna Bara 

On m’a demandé d’être psychothérapeute dans un établissement d’accueil appelé « refuge ». C’est un immense bâtiment à l’intérieur de grands murs, loin de Damas. Il accueille les femmes irakiennes victimes de violences jusqu’à ce qu’elles puissent émigrer à l’étranger, car elles ne peuvent revenir dans leur pays du fait de la guerre. Une équipe assure l’assistance sociale, le soutien psychologique,…

La jouissance dans le symptôme. Omar Abdeldine 

Au cours du premier entretien, il m’a dit : « Je lui ai baisé sa fille. » Cela s’était passé lors de son premier jour à l’université : il avait vu cette fille, avait su qui elle était et, immédiatement, l’avait baisée « télépathiquement, en la regardant ». Il avait fait cela pour se venger de son père bien connu, pour l’insulter et le provoquer. Dès cet instant, tout changea dans sa vie, car après…

Tâsîn de la préexistence et de l’ambiguité. « Moi et toi, trahison ou pur amour ? » Rafah Nached 

C’est grâce à Pierre Lory que j’ai découvert l’œuvre de Hallâj intitulée Le Tâwasîn. Il contient quatre chapitres. C’est un admirable traité philosophique et d’amour mystique. Le chapitre intitulé « Tâsîn de la préexistence et de l’ambiguïté » m’a posé des questions pertinentes qui viennent du texte même, de la position de désobéissance d’Ibliss par rapport à Dieu quand il refuse de se prosterner devant…

Facebook et le lit. Kholoud Haneidi 

La première fois que je vois Samer, il est étendu sur un brancard dans le hall de l’école où je travaille comme psychologue ; il crie et se frappe la tête avec les mains. Dans l’ambulance, il s’agite encore plus, présente des convulsions et saigne du nez. Le secouriste décide de l’emmener directement aux soins intensifs, craignant que le saignement de nez ne signale un problème de tension artérielle….

L’homme mort et la jouissance féminine dans les rêves d’une femme. Rajaa Jabr

À l’instar de beaucoup d’actrices célèbres, Leila est attirée par la psychanalyse. Cette femme d’une trentaine d’années, l’aînée de ses frères, déclarait d’ailleurs au début de son analyse : « Deux choses me font peur dans la psychanalyse : m’étendre sur le divan et parler de ma religion. » C’est une liaison ratée qui l’a menée à la psychanalyse, liaison qui avait ajouté encore plus de tristesse, de…Rajaa Jabr : L’homme mort et la jouissance féminine dans les rêves d’une femme…

LA FIN

Passe et fin d’analyse : cruauté et place vide. Thérèse Charrier 

Nous n’avons pas tout à fait conclu, il me semble. » Cette parole de l’analyste déclencha la décision de faire la passe. Elle fut prononcée hors contexte de la cure. Puis, l’analyste tournant le dos, ne laissant aucune possibilité de lui répondre, je restai outrée. Je l’avais laissé tomber sans rien dire depuis plusieurs mois, répétant le laisser tomber de l’analyste précédent…

L’ASSOCIATION

La clef de voûte. Ramon Menendez :

Le signifiant « manifeste » est chargé d’histoire. L’usage actuel le situe comme une forme de « déclaration publique ». Mais il y a une autre acception chère à la psychanalyse, celle qui, par exemple dans le rêve, se dessine par opposition à ce qui reste « latent ». La série de manifestes ne cesse pas de croître. Sans être exhaustif, citons celui des Égaux en 1796, issu du mouvement des Égaux qui apparaît…

PAS DE PORTE

 « Faire communauté ». Alain Lacombe 

Depuis ma fonction de psychologue hospitalier, dans l’institution hospitalière, je me propose de conjoindre deux termes : « communauté » et « autisme ». Communauté, donc, plutôt qu’institution. Je voudrais illustrer d’un fait ce que j’ai appelé « fairecommunauté », dans l’institution, à partir d’une contingence. La contingence est un moment qui vient surprendre : il se passe quelque chose. « Faire…

EXTÉRIEURS

Entretien avec Vincent Macaigne. Jean-Paul Rathier et Patricia Léon

Scène et salle confondues, le théâtre n’aura été et ne sera jamais qu’un champ de bataille, avec des tragédies du pouvoir qui se révèlent toutes, au bout du compte, comme une tragédie du désir. C’est ce que dit Lacan à propos d’Hamlet, et que Vincent Macaigne met en jeu à travers Requiem 3, créé en mars 2011 au théâtre des Bouffes du Nord. Une œuvre en forme d’écorché théâtral de l’épisode biblique…


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PSYCHANALYSE N°20

Psychanalyse, féminin , expérience mystique

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    janvier 2011

THÉORIE

À propos du savoir du psychanalyste. Marie-Claude Lambotte

Le texte sur le savoir du psychanalyste proposé par l’APJL comme document de travail pour les assises des 6 et 7 février 2010 m’avait suggéré quelques questions qui s’apparentaient plus à des pistes de travail qu’à des remarques précises sur le texte même. Autrement dit, il s’agissait davantage de réflexions que de critiques proprement dites. Et comme le temps de parole était fort court pour un tel sujet, je me suis laissé tenter, en reprenant mes notes, à pousser les associations auxquelles m’avait menée le texte. Opération sans doute productive mais sans fin. On ne peut donc, il m’a semblé, qu’interpeller le savoir du psychanalyste par un bord puis par un autre, etc., de telle manière qu’il se confonde bientôt avec la position du psychanalyste, laquelle n’est pas, dès lors, sans rapport avec l’éthique…….

Schreber : Une femme de La femme. Marie-Claire Terrier

En ce 29 juin 1905 toute la famille Schreber est rassemblée autour de Pauline pour fêter ses 90 ans. Elle est entourée de ses enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants. Il manque à la fête son époux Daniel Moritz mort depuis 44 ans et son premier fils Daniel Gustav qui s’est suicidé d’un coup de révolver 28 ans plus tôt. A cette occasion, son deuxième fils Daniel Paul (toujours prénommé Paul au sein de sa famille) sorti depuis 11 ans de son deuxième internement, a écrit un poème. Peut-on ici dire en parlant de ces maisons qu’il s’agit du lieu de l’Autre……

Du dénouement au dénuement. De l’amour…Yamina Guelouët-Thabet

L’expérience mystique (ici à travers Rabi’a El Adawiyya, mystique Soufie de l’Islam) dans la quête de l’Amour Divin, celle de l’analytique qui se fonde sur l’amour de transfert et la recherche de l’Agalma dans le champ de l’Autre, convoquent le féminin dans l’épreuve du dénouement et à son au-delà, la Chose au cœur de l’Etre. A la limite de l’expérience, une subversion se produit : dans l’une, la quête de Dieu cesse avec la réalisation en soi du Trésor de l’Amour Divin, dans l’autre, la traversée de la détresse originelle, se solde, dans une épreuve qui touche au dénuement, par la cession de l’objet précieux agalmatique. Où se révèle la retrouvaille de ce qui était déjà là, au commencement, le Don d’Amour, qui a opéré pour amener le sujet à la limite infranchissable de l’accès à la Chose avec pour corrélat le gain inestimable du Désir…

L’autre côté. Pierre Bruno

Il existe à Paris une très grande place, la place de la Concorde. Sur cette place, se dresse un obélisque, que Bonaparte a rapporté de Louxor en Égypte. Cet obélisque est entouré d’une grille de protection. Lacan raconte à ce propos une historiette : un homme se tient face à cette grille, ses mains agrippent les barreaux et il crie : « Je veux sortir », alors qu’il lui suffirait de se retourner pour s’en aller tranquillement se promener sur la plus grande place de Paris. Se retourner, c’est découvrir ce que j’appelle « l’autre côté » et que je considère comme une métaphore tout à fait appropriée pour dire ce qui se passe au terme d’une psychanalyse…

La douleur, dernière frontière ? Jacques Marblé

La douleur, dès l’Entwurf, a une place importante dans l’œuvre de Freud qui ne distingue pas douleur morale et douleur physique (Schmerz en allemand). Lacan dans le Séminaire l’Ethique de la psychanalyse présente la douleur comme une limite entre le sujet et das Ding, la chose freudienne, cet objet dont la jouissance est interdite au sujet parlant. Le secret véritable, que l’esthétique freudienne montre, est cet objet inaccessible qui fait de la douleur une pseudo-pulsion…

Création artistique, mystique et psychanalyse. Laure Thibaudeau

À plus d’un titre, il semble qu’il y ait des points communs entre l’épreuve mystique, l’expérience analytique et la création artistique. Dès le premier abord, on ne peut manquer d’être frappé, du moins en Occident, par les témoignages de souffrance qui accompagnent ces grandes expériences humaines, qui toutes trois font partie de celles dont on dit justement qu’elles éclairent ce qui est proprement humain, « en tant qu’elles se posent comme assimilatrices d’une barbarie 1 », dit Lacan. En effet, elles permettent de faire trace de la culture dans la civilisation. Et elles restent vives dès qu’on s’y intéresse, alors même que la civilisation qui les a vues naître a disparu……

L’ex-sistence de la déité chez Maître Eckhart. Pascale Macary-Garipuy

Maître Eckhart (1260-1328), chef de file de la mystique rhénane posa un principe relevant d’une pure essence, la « Déïté ». Cette Déïté se situe au-delà de tout le créé, y compris de Dieu et partant de la Trinité qui ne sont qu’intermédiaires – de l’ordre du créé – entre l’homme et le principe incréé. Cette place de la Déïté, qui ne se situe pas dans notre monde, mais y ex-siste, est en place de la Chose freudienne. Eckhart pose que celle-ci peut s’atteindre par la voie d’un travail ascétique et par un certain défilage d’un langage trompeur : le « fond » de l’âme, relevant de cette Déïté de Dieu, non touchée par le mouvant de l’existence, serait à même de s’unir – dans le sens d’un retour au néant- à l’incréé déïtaire…

Nora, « sais-tu ce qu’est une perle et ce qu’est une opale ? »Patricia León

Nora n’est pas un prénom indifférent pour Joyce. On peut bien imaginer son ravissement une fois le coup de foudre installé : « L’image de la jeune fille rentrée dans son âme à jamais », ce sont les mots de Joyce, son ravissement quand il apprit qu’elle portait un prénom tiré d’Ibsen, son idole, « son père spirituel  ». Joyce a à peine 18 ans quand il écrit son premier article, « Le nouveau drame d’Ibsen  ». Le texte est consacré à l’analyse de la pièce d’Ibsen qui vient de sortir et qui est déjà en cours de traduction dans douze langues : Quand nous nous réveillerons d’entre les morts. C’est par cet écrit que Joyce commence à se faire connaître. Les premières lignes de cet écrit disent : « Il y a vingt ans qu’Ibsen écrivit Maison de poupée, marquant ainsi, ou peu s’en faut, une date dans l’histoire du théâtre. »…

LE CAS

Obéir librement. L’énigme de Marie de la Trinité. Isabelle Morin

Paule de Mulatier, Marie de la Trinité en religion, a vécu de 1903 à 1980. Cette mystique, contemporaine fut une analysante du Dr Lacan dans les années 1950. De 1936 à 1946, elle a rédigé trente-cinq carnets d’environ 3250 pages, dans lesquels elle témoigne de sa rencontre d’amour avec Dieu et développe une riche doctrine théologique. Certains écrits se révèlent être des documents d’une grande valeur…

LA PASSE

« Défunte »… pas tant que ça ! Chantal de Bodinat

« Il était une fois » une histoire particulière, comme toutes les histoires. La décision de passe, après celle de finir l’analyse, a permis de déplier la logique inconsciente de cette histoire, dans un temps pour conclure, vécu dans l’étrangeté d’un « hors transfert ». Question qui fait énigme et touche à l’après nomination et à la transmission…

REBOND

La fille de la légende. Isabelle Morin

Le 23 octobre 2010 à 7 heures du matin, un ami très cher m’envoie un SMS : « Lis Libération de ce matin, deux pages sont consacrées à la fille de Calamity Jane. » Dix minutes plus tard, un second SMS : « Passé le traumatisme, cela corrobore ta thèse. » L’article porte sur Jean McCormick, fille de Calamity Jane, dénommée Janey Hickok dans les lettres de sa mère. Elle serait maintenant considérée comme une mythomane qui aurait inventé de toutes pièces cette histoire d’un père héros et d’une mère l’aimant d’un amour immense au point de consentir à la perdre. Selon la journaliste, elle aurait elle-même écrit ces lettres. Il y a un léger mépris dans le ton de la journaliste qui raconte le destin de cette femme, dont la fin a été aussi triste et démunie que celle de Calamity Jane……

PAS DE PORTE

« Il fait nuit dans la tête et froid dans le cœur ».Brigitte Gauthier

Depuis longtemps j’éprouvais un malaise face à ce qu’on appelle couramment « la prise en charge de la douleur des patients » à l’hôpital ; elle me paraissait nécessaire et en même temps j’avais la sensation que, dans la manière dont elle était organisée, quelque chose n’était pas juste. Cependant, je travaillais avec les médecins et les manipulateurs radio à la mettre en œuvre dans le service, car comment dire mes hésitations sans passer pour insensible dans un lieu peu propice au débat philosophique ou psychanalytique ? La difficulté était de trouver une formulation qui reflète aussi fidèlement que possible mon questionnement et en même temps le rende audible par d’autres. Faire le panégyrique de la prise en charge de la douleur telle qu’elle avait lieu ne m’intéressait pas davantage que de la démolir……

EXTÉRIEURS

Rhumatismes. Emmanuel Venet

Ma mère aimait beaucoup bavarder avec celle de mon ami Bonnardier, malgré leurs quinze ans d’écart. Toutes deux partageaient une même passion pour les maladies, surtout les maladies mortelles. Ma mère souffrait d’arthrite, celle de Bonnardier d’arthrose. Quand elles se rencontraient au marché de Monplaisir, elles n’en finissaient pas de se raconter leurs martyres respectifs et se livraient à un âpre concours de symptômes. Du côté de ma mère, les fulgurances dans les doigts, du côté de Bonnardier les hanches broyées le soir. L’échange se terminait toujours sur un hypocrite constat d’égalité, chacune emportant au fond d’elle la certitude d’avoir gagné la manche…

Y ETU?

Si je pense dans une langue et j’écris « le chien court derrière le lièvre dans le bois » et veux le traduire dans une autre, je dois dire « la table en bois blanc enfonce ses pattes dans le sable et meurt presque de se savoir si sotte ».

Pablo Picasso. Écrits, 1935.

 

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PSYCHANALYSE N°19

Joyce. Le père et ses noms. 

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septembre 2010

THÉORIE

Scares of all knotknow : John Holland

Une comparaison entre un paragraphe de Finnegans Wake de James Joyce et la traduction française de Philippe Lavergne fait ressortir certains éléments que le traducteur n’a pas rendus : la problématique d’un choix forcé auquel s’oppose le désabonnement à l’inconscient.

Mots-clés : James Joyce, Finnegans Wake, traduction, choix forcé, désabonnement à l’inconscient

Lucie(w)hole : Pierre Bruno

Finnegans wake, de Joyce, nous incite à repenser la façon dont peut être obtenu le « désabonnement à l’inconscient » et , en même temps, à prendre la mesure du fait que l’analysant n’est pas seulement un sujet en quête d’un sens, mais un sujet en mesure d’admettre qu’il est agent du travail de l’inconscient, tel que celui-ci est le seul à pouvoir donner forme à la jouissance qui, autrement resterait hors la prise du symbolique…

Ethernité :Elisabeth Rigal

L’auteur prend pour point de départ le temps chez Joyce et lie cette question à celle de Dieu (l’éternité) très présente dans les premiers textes. L’éternité trouve sa place dans les écrits suivants à travers l’occultation de la mort : les morts se réveillent comme les dormeurs. Le temps se trouve lié à la forme de spatialisation que l’écriture de Joyce introduit, sa tentative inachevable de délimiter les choses par une fine, fine ligne », sa façon à lui de répondre, dans une création infinie de néologismes, à l’inconsistance d’une langue (éthernité)…

Joyce ou l’espace-temps du sinthome : Ramon Menendez

L’astrophysique se trouve confrontée à un réel qui, sans être celui du sujet, la pousse au travail. Ainsi, l’observation des « trous noirs » et la théorisation qui en découlent, soulèvent des questions qui peuvent intéresser la psychanalyse. Dans ces écrits Joyce propose une conception du temps et de l’espace inédite dans la littérature. Elle est cependant au diapason de la physique de son époque et tout particulièrement de la théorie de la relativité d’Einstein. Cette conception du temps permet ce qu’il appelle les « arrangements rétrospectifs ». A travers cela nous chercherons un éclairage sur certains aspects de la cure.

Mots-clés : Joyce, astrophysique, trous noirs, relativité, temps subjectif, sinthome

Pour une discussion sur le savoir du psychanalyste. Erik Porge

Une interrogation sur le « savoir du psychanalyste » nécessite l’articulation (conjonction et disjonction) d’au moins trois termes : le savoir, la vérité, le sexuel. La rencontre avec l’absence de garantie dernière des vérités mathématiques peut constituer une approche de « l’horreur de savoir »…

QUESTION(S)

Le salut de la psychanalyse : Sandrine Aumercier

La jouissance est-elle atteinte dans le symptôme contemporain ? Doit-elle au contraire être atteinte dans la cure ? Lacan la situe du côté de l’impératif inassouvi ou de la jouissance féminine, ce qui permet, nous semble-t-il, d’éviter d’instrumentaliser ce concept, tant dans la cure que dans une politique de la psychanalyse…

LE CAS

Hybridation : Bibiana Morales

Dans l ‘œuvre de Virginia Woolf, nous trouvons une logique entre l’écriture d’un livre et le suivant. Ainsi l’écrivain suit une méthode, celle de la double écriture. Cette méthode singulière est articulée, selon nous, à la topologie de la coupure. La double écriture instaura une séparation stabilisatrice pour le sujet. Au contraire l’hybridation de l’œuvre –deuxième moment de la production de l’œuvre- efface cette limite par la fusion de deux écritures. L’écriture s’holophrase. Cette hybridation est attachée à la logique de l’Un et à l’impossibilité de l’extraire par la fusion de deux éléments. La double écriture a une fonction de séparation par la répétition Un à Un. La création hybride, au contraire, ne produit pas une séparation. Elle produit l’Un qui arrête la chaîne signifiante, l’Un de l’holophrase…

LA PASSE

La douleur dans la cure ou le silence de l’incréé. Jacqueline Ferret

La passe ne coïncide pas forcément avec la conclusion de la cure. Si elle permet toujours de dire s’il y a eu ou pas de l’analyse, elle ne réussit pas toujours à dégager le désir de l’analyste. C’est la conclusion de la cure qui, par ses effets, atteste le passage à l’analyste. L’extraction de l’objet a, regard ou voix, est nécessaire. Cette extraction permet à l’analyste de tenir une position éthique : l’éthique du silence.

Mots-clés : passe, silence, désir de l’analyste, objet a,  conclusion de la cure

Histoire d’une lettre arabe qui se fait trait sur le corps d’une femme. Yamina Guelouet

Il s’agit de l’histoire d’une dépossession sous occupation coloniale, celle du nom généalogique d’origine arabe avec lequel le sujet s’est construit, effaçant son inscription dans la filiation à travers les générations. Ce défaut du nom va faire trou, laissant le sujet directement aux prises avec le réel de la jouissance. Son énonciation mise sous scellés, il sera plongé dans un océan d’intranquillité qui l’amena à s’engager dans un travail analytique. C’est à travers une longue quête que le sujet va se réapproprier son nom, et accéder au désir en extrayant une lettre qui se fait marque sur le corps. La passe lui aura permis d’en témoigner en dégageant les articulations logiques qui l’ont amené à la réalisation de la structure.

Mots-clés : dépossession colonial, nom généalogique, défaut du nom, réel de la jouissance, lettre, marque sur le corps, féminin

LA STRUCTURE

Le père et ses noms. Catherine Bruno. Pierre Bruno

Le texte traite de la question du père et de ses noms dans l’enseignement de Lacan, de l’écrit « Subversion du sujet et dialectique du désir » à l’écrit « Kant avec Sade » d’une part, et du séminaire sur le transfert jusqu’au séminaire sur l’angoisse. On peut repérer dans cette période de 1960 à 1963 un questionnement concernant les conséquences de l’équation père symbolique = père mort et déjà les signes d’une mise en cause du père symbolique comme agent de la castration.

Mots-clés : père symbolique, père mort, agent de la castration

EXTÉRIEURS

« Il l’écoute et il parle ». La correspondance entre Descartes et Elisabeth : une rencontre originale. Delphine Coquard

La correspondance entre Descartes et Elisabeth porte initialement sur la question théorique de l’union de l’âme et du corps mais s’articule rapidement à la question de la guérison du corps par l’âme du fait de la « mélancolie » d’Elisabeth et des interrogations qu’elle adresse à Descartes. Cet article présente quelques dimensions de cet échange épistolaire, en s’interrogeant, certes, sur ce qu’il se dit dans ces lettres de l’union âme/corps et des difficultés qu’elle suscite tant théoriques que pratiques, mais surtout sur ce qui s’y passe : la temporalité de la correspondance, leur rencontre, leur rapport au savoir, la dimension écrite de cette parole.

Y ETU ?

« Il a peut-être dit :

Si j’avais été un autre que moi,

je serais devenu moi, encore une fois. »

Mahmoud Darwich, Le lanceur de dés et autres poèmes, Actes Sud, 2010.

 

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PSYCHANALYSE N° 18

 Le symptôme. Ségrégation. Extase 

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mai 2010

THÉORIE

Séparation et refus : considération sur le choix de l’anorexie. Massimo Recalcati 

Dans cet article l’auteur montre, sur la toile de fond d’une relecture critique de Lacan et de sa propre expérience clinique, l’existence de différentes déclinaisons possibles du refus anorexique ; le refus comme manœuvre de séparation, comme “refus du corps”, comme défense et comme “appétit de mort”…

L’Extase. Balbino Bautista 

L’ouverture à la jouissance féminine, que Lacan dit « supplémentaire » à l’autre, la phallique, sa reconnaissance, que les moments d’extase voilent, suppose une coupure, l’acte par lequel est tranché un indécidable, l’aporie théologique relative au Bien plutôt qu’au Vrai. La jouissance féminine advient avec le franchissement de la barrière du Bien, mais elle n’est atteignable, accueillie comme telle, qu’avec le franchissement de la barrière du Vrai…

La toxicomanie comme tenant lieu de symptôme .Pascale Macary- Garipuy 

Prenant à la fois appui sur le fait clinique de l’angoisse surgissant à l’arrêt de la prise du produit, et sur la fonction logique du symptôme dans la structure, l’auteur soutient que la « toxicomanie » n’est pas une solution symptomatique. L’apparition de l’intoxication, fréquente au temps dit de « l’adolescence », pose la question d’un second temps du symptôme, temps qui serait évité par le sujet qui choisirait de fuir dans une jouissance non phallique, évitant d’assumer la rencontre avec l’Autre sexe et le non-rapport sexuel, soit reculerait devant la castration…

L’ASSOCIATION

La ségrégation. Lina Velez 

Cet article se propose d’analyser la notion de ségrégation que Lacan introduit et déploie entre 1967 et 1970. Ce concept apparaît au croisement de trois problématiques : le lien social et la politique, l’institution analytique et la passe et finalement le discours de la science. La ségrégation est le principe même des discours qui structurent les liens humains. Il s’agit d’analyser d’une part le principe de ségrégation comme fait de structure et indissociable de l’humanité et d’autre part les phénomènes de ségrégation en tant que pratique dans le lien social contemporain…

Une expérience de cartel à l’APJL 

  1. Y mettre du sien : subversion ? profanation ? . Anne Volumard-Debry 

L’expérience de ce cartel m’a permis de préciser ce qu’il en est du réel de la transmission de l’analyse, hors cure. Cela a dévoilé la dimension politique du cartel, sur le versant du père réel, dans le sens où chacun y met du sien, à travers la livraison d’un intime qui a toujours quelque chose à voir avec une forme de transgression …

  1. Est-ce que ça passe ? Marie Claire Terrier

L’ expérience singulière de ce cartel m’ a permis de revisiter ce que fut mon travail en cartel .C’ est en position d’ analysant et non d’ analyste que l’ on s’ engage à y travailler à partir d’ un point d’ ignorance pour tenter de faire passer à d’ autres ce que l’ on a trouvé . Le produit de celui-ci fut de me permettre de rendre publique ma question, de la profaner en la faisant sortir du lieu sacré que peut être le cabinet d’un analyste …

c.« Qu’importe qui parle, quelqu’un a dit qu’importe qui parle ».Thérèse Charrier 

L’ expérience de ce cartel comme « plus une » fut une expérience de corps à corps avec le dispositif, sa mythologie et ses rituels : fonction du plus un ; déclaration ; titre ; production ; adresse ; dissolution .La question de l’usage de la cure et de l’intime s’y est posée de manière vive, interrogeant la place de différents dispositifs dans une association et la césure qu’ils créent entre sacré et profane…

LA PASSE

La passe, le réel et le dire .Claire Harmand 

La passe, expérience en cours, est une « clinique du dire » du passant, un dire soutenant un propos authentique, avec une part « qui ne se réduit pas au seul savoir ». Ce « dire » dans la passe pose les questions du dire dans la cure, de la direction de la cure, de la transmission, de la nomination d’AE. Le pari, inédit, de faire école à partir de la passe, recentre la transmission de la psychanalyse sur les cures…

Jean Paul  Meurant

Quelques associations peuvent se féliciter de maintenir des dispositifs de passe et, depuis quelques temps, d’échanger à partir de leurs expériences. Ces débats sont à même de maintenir ouvert le cours de la passe en favorisant le questionnement sans quoi il pourrait bien s’assécher ou se détourner de son enjeu…

PAS DE PORTE

Le réel, la jouissance, le hors discours… ou quelques réflexions sur le dispositif dit « analyse de pratique » . Jean Pierre Leblanc 

A travers ce propos et cette réflexion sur l’analyse de pratique, il s’agit de montrer comment peut opérer une clinique qui s’oriente sur la question de la jouissance et du réel. Clinique engagée, qui ne recule pas devant ce qui objecte à la parole : ce qui affecte, ce qui trouble, ce qui se donne au plus opaque, peut être le signe du surgissement d’un réel qui, lorsqu’on peut en reconnaitre l’émergence, devient un chemin possible pour entendre la part d’inouï, la part d’ « impensable » à laquelle le sujet qu’on rencontre a à faire…

Y ETU?

Sé soulié tou sel ki sav

si choset ni tou.

Seule la chaussure sait

si la chaussette est trouée.

Proverbe créole

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PSYCHANALYSE N° 17

Transférer, associer, séparer.

Assises sur le savoir du psychanalyste

                                                 PSY_017_L204                                                         

                                                   janvier 2010                                                            

THÉORIE 

La chair du transfert, Fabienne Guillen

Loin de la conception du transfert comme l’ombre d’un amour infantile, Freud pensait déjà le transfert en terme de véritable amour et Lacan en terme de désir actuel. Lacan a choisi Socrate dans tout le mystère de son désir pour produire le sujet-supposé-savoir comme ressort du transfert. Mais il ne suffit pas de susciter le transfert, encore faut-il accepter de l’incarner au sens de s’en faire « la chair ». Là se situe la ligne de partage entre le désir de Socrate et celui du psychanalyste…

L’équivoque de la séparation, Pierre Bruno

La séparation est majeure dans l’œuvre de Lacan à deux titres. Elle est le moment d’engendrement du sujet à partir de sa disparition. Elle a pour conséquence la composition du fantasme. Pourquoi alors ce concept est-il délaissé à partir de 1965? Sans doute était-il difficile d’utiliser le même mot pour parler de la composition du fantasme et de son retournement…

Notes sur des « symptômes contemporains », Silvia de Castro Korgi

Ce travail développe la tension entre les symptômes classiques et les symptômes dits contemporains, écart avancé par certains psychanalystes aujourd’hui. Dans cette perspective, il s’agira d’interroger la formulation même de symptôme contemporain et plus particulièrement de se demander si le concept de symptôme, au sens freudien du terme, reste valide quand on parle de symptôme contemporain. ..

ASSISES DE L’APJL SUR LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE

Les Assises sur le savoir du psychanalyste se sont tenues les 6 et 7 février 2010 à Paris sept ans après la création de l’Association de Psychanalyse Jacques Lacan. Il s’agissait pour celle-ci de vérifier par l’expérience qu’elle a fait, peu ou prou, école. Selon le pari qu’elle s’était donné dans ses statuts.

 Vous trouverez dans ce numéro les rapports de ces Assises, qui se sont articulées en trois temps : le premier consacré au savoir du psychanalyste  le second consacré à la passe et le troisième dédié à l’association….

Le savoir du psychanalyste

Ce texte consacré au savoir du psychanalyste est articulé en trois parties : la première porte sur le statut de ce savoir ; la deuxième expose les thèses marquant les positions inédites élaborées dans l’apjl ; la troisième aborde la situation de ce savoir dans la conjoncture (géographique et historique) actuelle et comporte une prise de parti éventuelle sur telle ou telle question apparue au premier plan. On prendra soin de ne pas considérer ce texte comme exhaustif et définitif, sans pour autant que ses rédacteurs pensent un instant ne pas se vouloir comptables intégralement de son état actuel…

 La passe

« C’est à la mesure du point d’acte qu’il atteint dans le symbolique, que se démontre le réel. ». Lacan. Ce travail a pour objectif de proposer quelques questions pour favoriser le débat lors des Assises. Nous aurions souhaité, dans ce rapport, faire état en les interrogeant des nombreuses interventions de Lacan sur la passe, des débats avec ses élèves, des étapes intermédiaires auxquelles certains…

 L’association

Ce texte est le produit des échanges qui ont eu lieu sur la liste mail de l’apjl à propos de « l’association apjl » depuis le mois de juin 2009. Il se veut « moment photographique » des points vifs que l’association rencontre, de ses doutes et de ses convictions, ainsi que des débats qui la traversent et l’animent aujourd’hui. Chaque associé qui a été désireux de le faire y a posé sa pierre, pour l’offrir…

LE CAS

Le rebours de l’interprétation, Elisabeth Rigal

Le transfert engage la cure. Il ne garantit pas pour autant la portée de l’interprétation de l’analyste, fut-elle bonne. Ce texte montre comment l’interprétation engage l’analyste et vient l’interroger dans sa pratique. Il prend particulièrement en compte les effets de rebours et d’après-coup à l’œuvre dans l’interprétation, côté analysant et côté analyste : dimensions du temps subjectif et de ses effets dans un moment de cure…

HOMMAGE À MICHEL LAPEYRE

Pour rendre hommage à son collègue et ami disparu en 2009, PSYCHANALYSE fait partager à ses lecteurs la réflexion que Michel Lapeyre mena sur le lien social en publiant l’un de ses textes majeurs intitulé « L’association, à la lettre »

L’association, à la lettre, Michel Lapeyre

 « …Un lien social qui rendrait justice au symptôme ne rendrait pas vaine la psychanalyse mais prendrait sa suite. Serait-ce trop demander à l’association de se situer dans cette perspective où elle ne ferait pas ou plus de la psychanalyse son monopole, son pré carré, mais où elle ferait école (et usine et laboratoire et terrain de jeu) pour le discours analytique, pour sa propagation qui va à l’encontre de toute domination et donc de la mainmise sur le symptôme ? En ce sens, la psychanalyse et son association sont forcément anticapitalistes. »…

 

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PSYCHANALYSE N° 16

 Du sujet de nouveau en question

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septembre 2009

THÉORIE

La mélancolie, névrose ou psychose ? La déception essentielle. Marie-Claude Lambotte

La question relative à la structure de la mélancolie prête toujours à discussion. La difficulté tient à plusieurs ordres, dont, en premier lieu, la « fluctuation » de la définition conceptuelle que Freud évoque dès le début de « Deuil et mélancolie ». Freud ne pouvait que se reporter au contexte psychiatrique et culturel allemand de son époque, et l’on connaît, par exemple, les modifications que Kraepelin…

Lapsus du nœud. Pierre Bruno

« Je ne parlerai de Joyce où j’en suis cette année, que pour dire qu’il est la conséquence la plus simple d’un refus, combien mental, d’une psychanalyse, d’où est résulté que dans son œuvre il l’illustre. » Jacques Lacan. Préalablement, je ferai quelques mises au point pour saisir l’enjeu du questionnement qui suit. En 1975 et 1976, Lacan tient le séminaire sur Joyce qu’il intitule Le sinthome. Outre…

L’espace de Schreber est-il un espace fibré ? Yann Diener

Après avoir essayé de parler des espaces fibrés dans le séminaire « Le président écrivant », il m’a été difficile de donner une version écrite de mon intervention. Je suis resté bloqué sur une remarque de Jean-Michel Vappereau ; en effet, quand je lui ai demandé pourquoi Lacan n’avait parlé des espaces fibrés qu’à deux reprises, il m’a répondu : « Parce que c’est un piège tendu par Lacan, et vous…

LE CAS

Me, I am (k)not : manque et ratage comme aspects de l’interprétation dans la cure avec un homme psychotique .Michael Meyer zum Wischen

Lorsque monsieur K. se présente pour la première fois à mon cabinet, il met du temps à commencer à parler. « Au fond je n’existe pas », dit-il, et continue : « Je ne suis pas là, beaucoup trop d’autres choses pénètrent de toute part en moi. » Monsieur K. porte des lunettes de soleil et, dans la salle d’attente, il avait les écouteurs de son mp3 dans l’oreille (tels des bouchons). C’est alors que j’entends…

Un enfant marquant .Marie-Claire Terrier

Nicolas a 8 ans quand il arrive dans l’institution, moi vingt de moins qu’aujourd’hui. Il est suivi en hôpital de jour depuis l’âge de 5 ans. L’école privée qui a bien voulu l’accueillir après son exclusion d’autres écoles de la ville, où depuis l’âge de 2 ans il pose des problèmes, demande grâce à son tour. « Je suis en difficulté, j’ai besoin que tu m’aides », dit-il lors de sa visite d’admission…

DU SUJET DE NOUVEAU EN QUESTION

Réponses d’Érik Porge et de Marie-Jean Sauret aux questions de Nicolas Guérin

« La psychanalyse a joué un rôle dans la direction de la subjectivité moderne et elle ne saurait le soutenir sans l’ordonner au mouvement qui dans la science l’élucide. » Nicolas Guérin : La tradition de critique sociale et culturelle qui existait déjà dans plusieurs productions de la culture, et notamment dans l’art, se développe, depuis quelques années maintenant, au sein de la psychanalyse, et particulièrement…

LA PASSE

De la cause perdue à la passe sans filet. Marie-Frédérique Doisneau

Tout d’abord, je tiens à vous dire combien je suis surprise et émue d’être là, heureuse d’avoir été nommée AE, non sans toutefois un léger retour d’angoisse, ne sachant pas du tout comment je vais occuper cette fonction transitoire d’AE ; peut-être en tentant comme je le fais aujourd’hui de vous parler sur le vif avec une certaine hâte ? C’est l’inconnu et c’est bien ! Tout reste à inventer. Je disais…

LA STRUCTURE

Père et Nom(s)-du-Père (4 ème partie)

En mai 1957, à la jointure entre le Séminaire IV, La relation d’objet, et le Séminaire V, Les formations de l’inconscient, Lacan écrit « L’instance de la lettre dans l’inconscient ». Ce texte comprend très peu de références directes à la question du père, mais n’en présente pas moins un lien avec celle-ci, à partir de la distinction que fait Lacan entre la lettre et le signifiant. En effet, la lettre,…

EXTÉRIEURS

Lambeaux : histoire d’une traversée suivie de Questions à Charles Juliet. Bernadette Etcheverry

En novembre 2008, un collectif lyonnais mit « à ciel ouvert » le produit de sa recherche sous la forme d’un colloque de l’apjl intitulé : « Création et transmission ». Il a invité l’auteur et poète lyonnais Charles Juliet, avec qui plusieurs psychanalystes (dont Jacqueline Ferret et Jacques Marblé) ont déjà tissé des liens forts au cours de précédents travaux. Bernadette Etcheverry, qui au fil de…


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PSYCHANALYSE N° 15

 

Le silence

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mai 2010

THÉORIE

Œuvre de silence. Isabelle Morin

« D’ailleurs, le langage mange le réel. »J. Lacan. Dante, au chant XXIV du Purgatoire, alors qu’il expose à un poète de la génération précédente, Bonagiunta de Lucques, le principe de la dictée d’amour, fondatrice de son « dolce stil nuovo », écrit que l’amour lui dicte ; il précise : « Il dicte, je vais signifiant. » Si je prélève cette expression aller signifiant avant de commencer à écrire, c’est…

Schreber : un monde sans tragédie ? Patricia León

Ce texte se propose avant tout de restituer, à l’analyse de Freud sur l’autobiographie du cas de paranoïa du président Schreber, le problème, souligné à plusieurs reprises par Freud lui-même, qu’impose l’idée de la « transformation en femme » et du « délire d’émasculation » de Schreber, et de tenter cette restitution en fonction de la logique de l’interprétation qu’il fait du cas. En effet, l’idée…

À mi-chemin des psychoses. Jacques Marblé

À mi-chemin des psychoses. S’agirait-il de rallumer la question des états limites ? Y aurait-il un mi-chemin vers les psychoses ? Y aurait-il pour Lacan un chemin sur lequel il aurait pu s’arrêter, à mi-chemin, au lieu de radicaliser la question des psychoses ? À mi-chemin du Séminaire III, qu’en est-il de ce trajet auquel Lacan nous a invité cette année-là en compagnie de Schreber ? Au moment où nous…

Un président devient fou. Michel Mesclier

Ne devient pas fou qui veut, devient président qui le peut. Nous pourrions commencer comme cela, sur ce demi-ton moraliste distinguant vouloir de pouvoir, et méditer sur la maxime par laquelle Lacan fait de la folie l’exception et non la règle, contre Pascal : « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de la folie que de ne se croire pas fou », quoique, Lacan…

Schreber et les appareils du symptôme. Jacques Podlejski

Revisiter le cas Schreber à la lumière des avancées de Lacan dans son étude sur Joyce, telle fut l’invitation à l’origine de ce travail. On en mesure aisément la difficulté : le Séminaire III sur les psychoses traite d’une psychose avérée, celle de Schreber, et de la logique structurale de son déclenchement pour interroger les conditions de possibilité de son traitement par la psychanalyse. Vingt ans…

LE CAS

Mission impossible. Alain Abelhauser

À Marie-Jean Sauret, pour ses avis et suggestions, ici, mais surtout pour son amitié, partout ailleurs. La guérison : un fantasme ? Non, « la guérison, c’est une demande », répond Lacan dans Télévision, « une demande qui part de la voix du souffrant, d’un qui souffre de son corps ou de sa pensée. L’étonnant est qu’il y ait réponse, et que de tout temps la médecine ait fait mouche avec des mots ». Soit….

L’ASSOCIATION

La foule à l’heure du discours capitaliste. Véronique Sidoit

Je vais commencer par une question qui me paraît fondamentale : comment comprendre que tous ces discours, ces mesures ou ces lois qui mettent à mal aussi bien le lien social que les droits fondamentaux de l’être humain ont autant d’impact, malgré leur analyse et leur dénonciation par quelques-uns, de plus en plus nombreux, malgré le sentiment de plus en plus partagé de graves dérives, comment comprendre…

BETTELHEIM, ET MANNONI

Ce qui reste de Bruno Bettelheim MANNONI Patricia León et Ramón Menéndez

Si l’on accepte l’idée que Victor, mieux connu comme le sauvage de l’Aveyron, était autiste (c’est la thèse soutenue par Uta Frith), la première prise en charge institutionnelle d’un autiste dont on a connaissance est la sienne. Elle a été conçue par Itard à l’institut des sourds-muets de Paris en 1800. Au-delà de la curiosité historique de la description d’Itard, reste la question qui le guide dans…

Maud Mannoni et les « (é)veilleurs d’humanité » Laure Thibaudeau

« Toute innovation véritable dans les domaines de la santé et de l’éducation risque de devenir impossible […]. La recherche est elle-même très compromise […voire] impossible en France du fait des contraintes croissantes de l’administration […] qui, en un mot, gère “la maladie” et ceux qui la traitent. Le désir de l’enseignant, ou du soignant, se trouve ramené à un système d’offres et de simples…

LA PASSE

L’équarrissage Catherine Vasseur

Autant la demande d’entrer dans le dispositif de la passe s’est imposée à moi, autant j’ai vécu la fin de mon analyse comme un acting out. Si nous en avions les lois ou les coordonnées, elle m’aurait été prévisible selon un modèle. Mais j’ai effectué là un forçage. J’ai eu trois analystes, qui correspondent à trois modalités de mon appel à l’Autre. Le premier, c’est à lui que j’ai adressé ma demande,…

LA STRUCTURE

Père et Nom(s)-du-Père (3e partie)

Durant ses jeunes années, Lacan écrit de nombreux textes sur la paranoïa. Il y reprend la théorie freudienne selon laquelle le délire psychotique est de nature homosexuelle. Seules deux remarques purement cliniques concernant le père peuvent être relevées. La première se trouve dans sa thèse rédigée en 1932, consacrée au cas Aimée et intitulée De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité….


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PSYCHANALYSE N°14

Du père réel

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janvier 2009

THÉORIE

L’hystérie, masculine. Balbino Bautista

Malgré les coups tordus des lobbies pharmaceutiques internationaux et l’idéologie anglo-saxonne de l’homme économique qui rêve de réduire à rien la pratique psychanalytique, l’actualité de l’hystérie ne se dément pas si l’hystérie reste ce qu’elle est depuis qu’on sait la reconnaître, une objection majeure à ce qui peut s’entendre comme « perversion ordinaire », soit l’effet même de ce que Jacques Lacan désigne sous le nom de « structure du sujet ». En tant que discours, l’hystérie oscille entre science et religion, art et révolution. Qu’elle fasse valoir le  » sujet » est un fait, un « dire » qui autorisera qu’on réexamine avec Lacan la condition qu’elle pose à l’advenue du « Discours de l’Analyste ». Freud échoue là où Lacan passera. C’est en se faisant « analysant » qu’on dégagera ici les coordonnées de cette problématique.

Les deux rêves de Dora : « Y a le feu au lac ! » Alain Lacombe

Les dernières lignes de l’exposé du cas, nous rappelle A. Lacombe, sont consacrées, par Freud, à mentionner un point de sa propre insatisfaction (ne pas avoir débarrassé plus radicalement Dora de son mal), et à souligner un élément d’opposition entre les deux rêves de Dora (retour vers le père pour le premier, détachement du père pour le second). Relisant ces deux rêves, A. Lacombe opère, de manière singulière, à partir d’une distinction entre « réalisation de désir » (comme réalisation d’un sens, au lieu de l’Autre, avec ce que cela comporte de reste, non réalisé) et « accomplissement de désir » (qui s’en tiendrait à la dimension de l’acte, du côté du sujet). Cet angle de la réalisation, et son versant de non réalisé, ouvre des perspectives nouvelles, notamment sur la répétition du rêve dans la cure, sur la question de Dora telle qu’elle ne cesse de la poser (avec ce petit point d’interrogation sur lequel nous interpelle l’auteur, ultérieurement ajouté par Dora à un énoncé du deuxième rêve), enfin, sur la dimension de la hâte, reliée par l’auteur au « pas d’acte sexuel », au refus du deux du couple, au statut de l’angoisse dans le second rêve, celui dont Freud, précisément, n’a pas pu réaliser l’interprétation. Ce balayage inédit, qui trace comme un nuage de points entre les éléments connus des deux rêves de Dora, s’achève sur l’hypothèse d’un nouage entre la question, non élucidée, du désir que le second rêve réalise, et l’insatisfaction de Freud.

Explorer ce système de nulle part… Sophie Mendelsohn 

La topologie dans l’enseignement de Lacan dans la décennie soixante-dix est plus qu’un support métaphorique, elle devient « un dire de structure », dit S. Mendelsohn.
Pour que la topologie puisse toucher au réel dont elle se motive alors pour Lacan, elle s’oriente sur le dire comme ce qui fait événement de structure, et qui en constitue le réel.
Elle cite Érik Porge (2008), qui considère la coupure comme étant une opération qui concerne conjointement l’inconscient et l’analyste et dont il fait précisément un des fondements de la clinique psychanalytique. Si le signifiant est coupure, alors ce que l’on entend par sujet de l’inconscient en est affecté, puisque si l’abord de l’inconscient structuré comme un langage est modifié, il reste que le sujet de l’inconscient est sujet du signifiant – mais du signifiant comme coupure. Comment l’analyste se trouve-t-il inclus dans le réel de l’inconscient? En effet, si l’interprétation se produit en fonction de l’équivoque qui se réalise du fait de l’équivalence matérielle du signifiant, alors « ce qui s’écoute » existe du fait du tranchement. Ainsi adossée à la coupure dont la topologie permet la « réélisation », la théorie psychanalytique se rend en quelque sorte étrangère à la connaissance pour devenir un moment du devenir du sujet de l’inconscient. Plutôt que d’un savoir référentiel, toujours susceptible de reconvoquer les idéaux qu’il aura peut-être commencé par écarter, il s’agirait donc d’un savoir textuel au sens où l’on a vu Lacan parler de matérialité du signifiant : c’est de la trame du texte dont on parle ici, qui produit moins du sens que des effets de sens, tissant on ne sait quelle surprise équivoquante.

Tot : la mort du père, à la lettre. Freud lecteur de Dostoïevski. Sandra Beosin

L’auteur revient sur l’essai « Dostoïevski et la mise à mort du père » (« Dostoïevski und die Vatertötung ») afin d’interroger son inscription dans la lettre et l’œuvre freudienne. La construction réalisée par Freud, dans cette introduction au roman Les frères Karamazov, autour de la racine « tot », conduit à la rapprocher de deux autres textes que sont Totem et tabou et L’homme Moïse et le monothéisme. L’examen de ce travail de nomination du psychisme nous enseigne sur la conception freudienne du renoncement au religieux. 

Fabriquer la femme qui n’existe pas. Catherine Bruno

A partir du constat, révélé par les mythes antiques, que les hommes ont toujours cherché à fabriquer « La femme qui n’existe pas », C. Bruno explore– faisant se répondre la littérature fantastique, et certains textes de Freud – le désir présidant au rêve d’une femme artificielle. Première découverte, la perfection féminine se réalise, pour l’homme, dans une femme morte ; deuxième dimension, la poupée vient incarner le lien au double ; « la femme artificielle est donc une figure de la femme morte, mais en tant que double qui ne jouit pas ». Tirant les conséquences du trait de la virginité marquant la femme artificielle, C.Bruno sépare finement deux figures que l’on pourrait confondre, d’un côté celle de la femme morte du fantasme masculin qui a pour fonction de contourner la castration, de l’autre celle de la femme (bien vivante) qui apporte la mort et introduit à la castration. De même, elle souligne la différence fondamentale entre la poupée gonflable, pur objet sexuel, et la real doll, partenaire de vie idéale mais inapte au sexe, dont le nombre croissant de propriétaires soulève une question de société, qui n’est pas sans activer dans l’actualité un sentiment d’inquiétante étrangeté.

LE CAS

Une névrose sans symptôme ? Isabelle Morin

Hélène Deutsch présente un cas qu’elle nomme hystérie de destinée, comme contribution au diagnostic d’une nouvelle forme d’hystérie. Elle considère en effet ce cas comme une hystérie « qui ne présente pas de symptôme ». Or il n’y a pas plus de sujet sans symptôme que d’humain sans colonne vertébrale. L’analyse de ce cas montre à quel point H Deutsch reste prise dans le diagnostic de Freud la concernant, qui ne portait pas sur un sujet sans symptôme, mais sur « l’absence de symptôme », que l’analyse n’avait pas permis de faire émerger. Relire H Deutsch, quelques décennies plus tard, nous permet de mesurer ce que nous a apporté l’enseignement de Lacan quand il ouvre la voie d’une direction de cure qui ne tente pas une quelconque pacification par le Nom-Du-Père, mais au contraire qui vise un réel à travers le symptôme. 

LA PASSE 

L’ignorance entre pensée et passe. Panos Papatheodorou

La question de l’entrée en analyse se pose dans l’après coup du témoignage de Passe. Il s’agit d’un témoignage personnel sur le moment du choix qui conduit à s’adresser au dispositif de la passe, traitant la question de l’entrée en analyse à travers l’ignorance et l’oubli. Un rêve d’angoisse sert de fil conducteur pour marquer l’ignorance constitutive de l’entrée en analyse. Cette ignorance, comme passion de l’être, prend un autre biais qui ouvre la voie vers le désir de l’analyste à partir du moment où il y a rencontre avec le réel de la jouissance. Les fragments de savoir qui ont constitué des points cruciaux dans l’expérience du témoignage renvoient à cette ignorance qui précéda l’entrée en analyse. Ce qui change est le rapport de la jouissance à la vérité.

FREUD 

Hystérie

Il s’agit de la traduction d’un article sur l’hystérie paru à Vienne en 1888 dans un manuel de médecine, le Handwörterbuch der gesamten Medizin, édité sous la direction du Docteur A. Villaret. Freud avait alors 32 ans. Ce texte témoigne du moment où Freud passe de la neurologie à la psychanalyse. Le traitement cathartique y est décrit et attribué à Breuer. Des éléments du travail différenciant les paralysies organiques et hystériques, publié en 1893, apparaissent dans des termes identiques. Le terme « inconscient » apparaît dans son acception psychanalytique.

EXTÉRIEURS

L’hétéronymie de Fernando Pessoa. « Personne et tant d’êtres à la fois ». Filomena Iooss

« L’hétéronymie de Fernando Pessoa » présente le grand intérêt de nous plonger dans l’œuvre de « cet énigmatique poète portugais », tout en révélant combien les problématiques émergeant de ses textes (« le Moi, la Conscience, la Solitude ») croisent celles de notre champ. Dans ce balancement entre poésie et psychanalyse, l’auteure nous rend vivant le surgissement des hétéronymes principaux de Pessoa, qu’elle propose de lire comme tentative, paradoxale, de recherche par le poète de son unité perdue, après un « effondrement subjectif » survenu dans son histoire. De même, F. Iooss lie des fragments de textes érotiques et amoureux, énoncés sous la plume d’hétéronymes (dont un féminin), à des questions relevant de la subjectivité du poète lui-même, telles que la frigidité masculine, la négation de l’amour, l’homosexualité, ou le genre neutre (ni homme ni femme) « qui fait certainement fantasmer Pessoa en tant que solution au tragique né de la différence des sexes ».

Le corps n’est pas ce que l’on croit. Pierre Bruno

L’auteur distingue “j’ai un corps” et “je suis un corps” pour aborder l’œuvre du vidéaste portugais Vasco Araujo et particulièrement sa pièce “Far de donna”. A partir de “je suis un corps” en effet, le rapport au corps ne se réduit plus à l’image du corps, mais appréhende celui-ci sans faire l’impasse ni sur les objets qui ne le déterminent qu’en étant prélevés sur lui, notamment la voix et le regard, ni sur sa dimension temporelle qui commence, avant la naissance, dans le mystérieux désir des parents, et se poursuit après la mort dans le rituel de la sépulture.


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PSYCHANALYSE N°13

 Le discours hystérique. Le père et ses noms. Sur Gödel

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septembre 2008

THÉORIE

, La, La. Pierre Bruno

L’exploration du Pacifique s’est faite d’est en ouest. Il aurait fallu en effet, pour parcourir cet océan en partant de l’ouest, toucher et traverser la muraille de l’Amérique. C’est l’histoire des explorateurs marins qui a fixé cette orientation puisque, par ailleurs, les habitants des terres du Pacifique connaissaient celui-ci depuis toujours. Urvater ou la déesse blanche ?Le caractère contestable et contesté des thèses …

Un petit détour par la phobie au seuil de l’adolescence. Frédérique Berger

La phobie a toujours suscité l’intérêt de la psychanalyse et fait l’objet d’élaborations et de remaniements théoriques soulignant ses dimensions de pluralité et de complexité. Selon la psychanalyse, la phobie est présente dans les différentes structures cliniques et fait preuve d’un renversement particulier, car l’angoisse qui est à son origine devient elle-même un symptôme central, soulignant la dimension… 

LE CAS

Le futile préoccupant. Thérèse Charrier

Au hasard d’une enquête sur le vieillissement chez les femmes, Inès Rieder et Diana Voigt ont rencontré une vieille dame de 90 ans qui s’est dévoilée comme étant la jeune homosexuelle du texte de Freud. Elles l’ont entendue pendant deux ans et ont écrit sa biographie sous un faux nom, pour respecter sa volonté d’anonymat : Sidonie Csillag, homosexuelle chez Freud, lesbienne dans le siècle. Vers la… 

LA PASSE

La passe dé-passée. Correspondance. Roseline Coridian, Martine Noël

Psychanalyse a proposé à une analyste nommée analyste de l’École il y a une quinzaine d’années dans l’École de la Cause freudienne, Roseline Coridian, et à une analyste nommée récemment analyste de l’École dans l’Association de psychanalyse Jacques Lacan, Martine Noël, d’entrer en correspondance pour un échange sur leurs expériences respectives de la passe et de la nomination. C’est cet échange dont….

LA STRUCTURE 

Père et Nom(s)-du-Père (2ème partie)

Dans la période allant de 1913 à 1920, qui appartient encore à la première topique, Freud continue à déplier les différents versants de ce qu’il appelle déjà « le complexe paternel », non sans manifester sa division à l’égard de ce terme « commode » introduit par Jung, que Freud lui-même utilise largement, tout en dénonçant les abus et les imprécisions liés à son emploi. À Pfister, en 1910, il écrit…

EXTÉRIEURS I

L’autoportrait en regard de la psychanalyse. Lecture du livre de Pierre Cassou-Noguès, Les démons de Gödel. Pierre Macherey

Les deux livres que Pierre Cassou-Noguès a publiés en 2007, Une histoire de machines, de vampires et de fous et Les démons de Gödel (logique et folie), constituent, on a de sérieuses raisons de le penser, les éléments d’un diptyque. Sans doute relèvent-ils de genres très différents : le premier est un essai de philosophie-fiction, une démarche que l’on pourrait situer dans le sillage de Matrix et des…

Réponse à Pierre Macherey. Pierre Cassou-Noguès

Les démons de Gödel entendent d’abord donner une sorte de portrait, un portrait qui associe des éléments personnels à la logique et aux recherches philosophiques de Gödel. Il s’agit de présenter le personnage mais aussi, en quelque sorte, d’entrer dans le monde dans lequel il vivait. Il s’agit, pour le dire autrement, d’essayer de passer d’une vue extérieure sur le personnage – une vue comme une photographie,…

EXTÉRIEURS II

Far de donna. Vasco Araujo 

Vasco Araujo présentera son travail de vidéaste au Jeu de Paume à Paris à la fin du mois d’octobre 2008. Sur les origines de ce travail, il dit : « Une analyse psychologique de l’être humain, de son existence, de ce qu’il doit faire. Le texte s’inspire à la fois des Dialogues avec Leuco de Pavese, mais aussi d’une analyse psychologie du Moi et de l’Autre ; moi et ma mère, moi et mon père… D’où le…


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PSYCHANALYSE N°12

Le père chez Freud

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 mai 2008

THÉORIE

L’invention de la fin. Pierre Bruno

Ce titre indique une thèse, à savoir que ce qu’on appelle « fin » d’une psychanalyse (je retiens le terme de « fin » dans l’acception désormais courante qu’il a dans le texte princeps de Freud, « Analyse avec fin et analyse sans fin » [1937]) est le résultat d’une invention. Comme toute invention (invention du feu, du cinéma, de l’avion…), elle peut se perfectionner, ou plutôt, pour ne pas utiliser un terme à connotation finaliste ou moralisante, elle évolue. Je n’entends pas proposer l’histoire de cette invention. À vrai dire, une invention, même si elle peut se faire en plusieurs étapes, est intrinsèquement discontinue. Il y a un ou des « avant » et un ou des « après ». Ce que je voudrais en revanche souligner est que la découverte de l’inconscient, aussi extraordinaire soit-elle, est menacée en permanence d’un recouvrement, d’une dénaturation, tant qu’elle n’est pas fondée après coup par l’invention de la fin. Sans cette invention, le concept d’inconscient reste vulnérable et perméable à toutes sortes de falsifications, comme, par exemple, celle qui a fleuri du vivant de Freud, sa dégradation en subconscient.

« La vraie bévue de Freud ». Un os dans la théière de Winnicott. Florence Briolais

La tendance de tout ce qui vit à retourner au repos du monde anorganique domine la vie psychique et la vie en général. Repérée cliniquement sous sa forme d’« éternel retour du même » dans les rêves des névrosés de guerre, les jeux d’enfants, la névrose de transfert et les névroses de destinée, cette tendance est ce qui motive Sigmund Freud, en 1920 dans son article « Au-delà du principe de plaisir », à affirmer « sa croyance en l’existence de la pulsion de mort ». Donald Woods Winnicott (1896-1971), médecin pédiatre et président à deux reprises de la Société britannique de psychanalyse, est celui qui, en 1952, dans une de ses « lettres vives », se situe radicalement contre ce concept freudien de « pulsion de mort ». Pour lui, « les pulsions de vie et de mort sont peut-être la vraie bévue de Freud 3 ». Et il commente ainsi son point de vue : « Ce concept a été introduit par Freud parce qu’il n’avait pas la moindre notion de la pulsion amoureuse primaire » Dans un souci progressiste et positiviste, Winnicott va rejeter le concept freudien et méconnaître son véritable enjeu, tel que Freud l’avait saisi dans cet au-delà du principe de plaisir ; il en fait une bévue. L’enjeu de notre article est donc de revisiter cette conception winnicottienne de pulsion amoureuse primaire.

Virginia Wolf entre maladie et l’écriture. Bibiana Morales 

« Ai-je le pouvoir de rendre la véritable réalité ? Ou écris-je des essais sur moi-même ? » Est la question que se pose Virginia Woolf. Elle interroge ce lien inextricable entre sa maladie et l’écriture de ses romans, qui parfois sont très proches de ses « visions » et du réel de l’hallucination. Comment se servir de la folie pour faire de l’art ? En tant que romancière, elle voulait transmettre du sens esthétique et non du délire. C’est dans les moments de maladie qu’elle trouvait la naissance et la suite de ses romans, donnés par ses visions. Sa création consistait à faire passer ce qu’elle avait de plus particulier, sa folie, dans une fiction accessible au lecteur. Virginia Woolf croyait à l’écriture comme thérapie. Écrire était pour elle faire passer le mal par écrit. Mais son écriture ne la protégeait pas des effets mortifères de chacune de ses crises, et elle ne l’a pas empêchée non plus de se suicider. Chaque livre et surtout chaque publication l’amenaient au franchissement de ses limites. L’écrivain allait au-delà d’elle-même en signant, avec sa création, son entrée dans la psychose. Lacan appelle ce franchissement « le drame subjectif du savant ». Il est le coût subjectif de l’invention où l’inventeur est victime des limites par la création. Quelle est la création de Virginia Woolf ? Si l’écriture fonctionnait comme suppléance pour Virginia Woolf, paradoxalement elle conduisait aussi à une impasse. 

Freud le médium (Notes sur l’affaire de la télépathie). Mickaël Turnheim 

En lisant les textes de Freud sur la télépathie, on est frappé par une rhétorique étrange : d’une part, exigence de la « plus stricte impartialité », d’autre part, signes nets à la fois de fascination et de dégoût. Les lettres à Ferenczi montrent que la question ne le lâche pas. À Eitingon, il écrit que l’occulte, comme le débat Bacon- Shakespeare, le « fait chaque fois perdre contenance ». Tout en affirmant que l’intérêt pour la télépathie relève d’un désir de se retirer de la rationalité (« tentations du principe de plaisir »), Freud pense que l’acceptation de son existence réveille, tout comme la psychanalyse, des résistances (« prétention au savoir des gens instruits ») qu’on devrait surmonter courageusement. Le refus, inhabituel chez Freud, d’assumer la responsabilité de ce qu’il dit donne des tournures parfois presque comiques : « À partir de ma conférence vous n’apprendrez rien sur l’énigme de la télépathie, et vous n’obtiendrez pas même d’information sur cette question : crois-je ou non à l’existence d’une “télépathie” » Pour des raisons sur lesquelles je reviendrai, tout doit rester indéterminé: l’expéditeur, le destinataire et le sens même du message. C’est pourquoi il n’est pas indifférent qu’il s’agisse, avec les textes de Freud sur la télépathie, de cours ou de conférences qui n’ont jamais été tenus : bouteilles à la mer. 

LE CAS

Dora avant et après Freud. Christine Ragoucy

À la différence de l’Homme aux loups, il n’existe pour Dora ni véritablement de récit analytique ultérieur, puisque son travail analytique s’est arrêté avec Freud, ni de recueil d’entretiens ; à la différence de « la jeune homosexuelle », il n’existe pas de récit (auto) biographique. « Dora avant et après Freud » fait ainsi suite à l’article de Karin Adler, « Ida Bauer, la Dora de Freud », qui a présenté les grands traits de la biographie d’Ida Bauer. Je reprendrai de façon plus détaillée les éléments biographiques dont on dispose sur Dora, de façon différente selon qu’il s’agit de la période avant l’analyse menée avec Freud et son récit clinique « Fragment d’une analyse d’hystérie » publié en 1905 ou après. 

L’ASSOCIATION 

Fragments de l’histoire de la psychanalyse en Suède. Malena Hansson 

Toutes les informations de cet article sont tirées de la thèse de doctorat de Per Magnus Johansson : La psychanalyse de Freud, Des héritiers en Suède, publiée en deux tomes. C’est un ouvrage très complet et détaillé sur le mouvement de la psychanalyse freudienne en Suède ainsi que sur dix analystes, praticiens et écrivains, avec chacun son style et sa manière d’aborder l’œuvre de Freud. Il est impossible, bien que l’envie ne manque pas, de tout traiter dans cet article. Je ne prétends donc pas donner une vision complète de l’histoire de la psychanalyse en Suède. Ce article constitue plutôt la reconstitution d’une lecture personnelle de ce doctorat et les points que j’ai eu envie de soulever et de transmettre aux lecteurs de Psychanalyse de ma place de psychanalyste suédoise, formée et exerçant en France, découvrant un morceau d’histoire et d’héritage de la psychanalyse de mon pays d’origine. Je me permets d’ajouter à la fin une petite note sur l’œuvre de Lacan en Suède, ainsi qu’un mot sur l’Association freudienne à Göteborg.

LA PASSE

Droit de cité. Jacques Podlejski

Il y a au moins deux façons d’attraper le thème retenu pour la journée sur « La cité dans la psychanalyse ». Cela évoque l’intervention de la cité, conçue comme extérieure à notre champ, comme venant impacter, voire menacer, par ses lois, par ses réglementations, par les modes de régulation sociale qu’elle promeut, les conditions d’exercice de la psychanalyse. J’ai choisi un autre versant, celui de considérer le groupe analytique comme une cité, selon le sens qui prévalait dans la Grèce antique où ce mot désigne un ensemble de personnes qui s’assemblent sous des institutions communes. On peut à bon droit parler de la cité de la psychanalyse, ou plus précisément des cités de la psychanalyse, dans la cité, pris au sens de l’État moderne.

J’ai été nommé AE, analyste de l’École, après m’être présenté à la passe à la cité APJL. J’ai donc été nommé AE par l’APJL. Mais c’est au sein d’une autre cité analytique – l’École de la Cause freudienne (ECF) – que j’ai effectué le parcours analytique qui, transmis dans le dispositif de la passe, a déterminé cette nomination. Si je suis donc là à vous parler, de cette position d’AE, c’est à ces deux cités que je le dois. En résumé, l’ECF a produit le passant, l’APJL a produit l’AE.

LA STRUCTURE

Père et Nom(s)-du-Père (1ère partie)

Il est manifeste et remarquable que le questionnement de Freud quant au père a émergé dans sa correspondance avec Fliess, et qu’il porte, quelquefois de façon intime, sur le rapport subjectif du fils à son père. Le père freudien gardera cette marque de naissance, l’analyse originelle de Freud, et ne doit rien à une réflexion académique. Les prédicats vont se succéder : séducteur, mort, impuissant, idéal, terrible, etc. Par un renversement, Lacan va reprendre la question du père à partir de son nom, puis de ses noms. Parallèlement, il propose une matrice possible de la structure qui rende intelligible la conséquence, chez l’humain, de son être langagier, au moyen de la tripartition : père réel, père symbolique, père imaginaire. Cette formulation, à elle seule, attire l’attention sur le fait que la fonction paternelle relève du nommé/nommant. Enfin, dans un de ses derniers séminaires, sur Joyce, il s’interrogera sur ce qui pourrait suppléer à cette fonction quand elle est suspendue : le sinthome. Si ni les élèves contemporains de Freud, ni les post freudiens n’ont sensiblement remis en cause ce que Freud dit du père et ont plutôt (M. Klein, D. Winnicott) développé une contribution concernant la mère, les élèves de Lacan, en revanche, n’ont pas la même lecture du legs lacanien sur le père et ses noms. On notera au moins une bipolarisation entre ceux qui insistent sur le caractère transcendant et irremplaçable de la fonction paternelle et ceux qui considèrent que l’élaboration de la catégorie de sinthome minimise et relativise la portée de cette fonction.

EXTÉRIEURS

C’est pas moi qui l’ai fait ! L’autoportrait en regard de la psychanalyse. Jean-Paul Rathier

Le genre autobiographique m’ennuie. Quant à l’autofiction – gadget éditorial de plus en plus prisé et primé par les médias –, j’y suis allergique, définitivement. Loin de ces boursouflures d’un narcissisme pathologique, je préfère fréquenter les œuvres d’artistes et d’écrivains qui, dans l’expérience de l’autoportrait, se risquent à dire ou à montrer ce « peu de soi » auquel les réduit, comme par nécessité, leur acte de création. Ainsi la parole solitaire de Beckett qui dans Mal vu mal dit en vient à s’exclamer : « Moindre. Ah le beau seul mot », « moindre minimement. Pas plus 1 ». Un art du suspens, du retrait et de l’ascèse, qui n’est pas sans rapport avec l’invention du sujet dans la cure analytique, quand un dire enfin désencombré des historiettes autobiographiques, qui jusque-là faisaient écran, parvient à se faire entendre dans ce « murmure à peine » où transite un presque rien délogé de son écrin de silence.


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